29/05/2006

TERRA NOVA

 

Terra Nova, à 70 jours du 3ème millénaire 
Interview archive (Samedi 23 octobre 99)

Lieu : Atelier de Landen
Contexte : Propos recueillis entre 14h00 et 16h00, tandis que Raphaël August Opstaele fait fonctionner pour la première fois Terra Nova, Mecano-Sculpture à géométrie variable.

Préliminaires : Nous attendons l'arrivée du grutier. Les discussions portent principalement sur la manière de disposer la grue et sur l'angle avec lequel la sculpture grimpera le long du câble. La suite des événements a été planifiée à la lettre par l'artiste: la grue soulèvera légèrement le bloc moteur de manière à ce que les câbles puissent être placés autour des roues du transporteur. La sculpture sera alors soulevée, puis mise en marche. En fin de course, les moteurs s'inverseront pour faire remonter la sculpture. Et ainsi de suite, plusieurs fois, afin de vérifier la fiabilité du mouvement à géométrie variable. C'est seulement après une série d'aller-retour que les huit cônes seront ajoutés à l'ensemble, dont le poids total approchera alors une tonne. Ce mécanisme, Raphaël August Opstaele l'a étudié longuement, analysé sur base de croquis, expérimenté via un modèle réduit.
14h00 : arrivée du grutier...

Comment est née Terra Nova ?
Terra Nova résulte d'une évolution logique, de plusieurs années de recherches relatives au principe de géométrie variable. D'autres Mecano-Sculptures ont été réalisées selon le même principe, comme Peregrinus ou Aquarius Complexus. Déjà lors de la création des Sept Héros du Grand Paradoxe, j'avais été fasciné par la diversité des formes géométriques générées par le mouvement des articulations.

En quoi se différencie-t-elle du reste de l'œuvre ?
L'originalité de Terra Nova provient du fait qu'elle grimpe le long d'un câble suspendu. Je rejoins ainsi l'esprit même des villes modernes, obligées de s'étendre en hauteur pour loger la population. Il était important pour moi de concevoir une sculpture qui quitte le sol pour s'élever à la hauteur des toits. J'aime comparer cette sculpture à un navire céleste.

Pourquoi Terra Nova ?
Dans mon enfance, il y avait une parcelle de terre appelée Nieuwe Land, qui se trouvait à l'écart du village, plus loin dans les polders. Enfant, lorsque mon père me disait qu'on allait au Nieuwe land, c'était pour moi synonyme de voyage, d'expédition. Le concept de Nieuwe Land m'a accompagné toute ma vie.

Etait-il important de tester préalablement son mécanisme ?
Quelle que soit la sculpture, la phase de test est toujours primordiale. Pour Gloria par exemple, après un mètre, la sculpture a commencé à balancer plus que normal. Je me suis dit quelle allait basculer puis après quelques secondes elle s'est redressée.
Le mouvement était parfait.

Cette Mecano-Sculpture paraît à la fois monumentale et légère comme une plume ?
Dans Terra Nova, le mouvement mécanique est transparent, il se base sur le principe de géométrie variable. En ajoutant les huit cônes sculpturaux, j'ai voulu donner à l'ensemble un certain volume et par ce fait même une puissance mystérieuse. J'ai volontairement raccourci les cônes afin de délimiter l'espace dans lequel allait se dérouler l'action.

Pourquoi Roeselare ?
Je suis avant tout un homme de voyage. Roeselare devait être inscrit dans mon parcours, comme l'ont été Middelkerke ou Vancouver. Je considère que l'endroit où j'expose devient le centre du monde, qu'il s'agisse d'un village ou d'un endroit prestigieux comme la Grand Place de Bruxelles ou la Place Saint Marc à Venise. L'important à mes yeux est que mes sculptures marquent un lieu, laissent une trace, deviennent en quelque sorte légendaires.

Comment le public réagit-il en règle générale ?
Avec le Mecano-Art, le choc des rencontres est inévitable, quel que soit le public. Certains s'arrêtent à cette confrontation et ne cherchent pas plus loin. D'autres semblent hypnotisés et veulent en savoir plus sur l'artiste et son œuvre. Et à ceux qui prétendent que mon travail est futuriste, je réponds que je suis en accord avec mon temps et que ce sont les autres qui sont en retard.

16h00 : Terra Nova fonctionne à merveille, le mécanisme est tel que l'avait imaginé Raphaël August Opstaele. Ma dernière question porte sur la démarche avec laquelle l'artiste a conçu cette sculpture, en accord avec le passage vers l'an 2000. Ce dernier insiste alors sur le fait que Terra Nova n'est pas une création occasionnelle, qu'aucune des Mecano-Sculptures n'est circonstancielle. Et de conclure par ces mots : Terra Nova n'a pas été réalisée pour le troisième millénaire... Terra Nova est le troisième millénaire !

J.O.

24/03/2006

GEOMETRIE VARIABLE

 

Depuis toujours, ORAS se passionne pour les extensions et les mouvements à géométrie variable. Comment un objet qui fait deux mètres peut-il s’allonger au point d’en faire le double, sans altérer sa nature ? Ce principe d’extension, il décide de l’analyser et de l’exploiter dans une démarche artistique. Commence alors le cycle dit "à géométrie variable".

L’étude du mouvement porte dans un premier temps sur des objets usuels tels que des lampes accordéon et des boîtes à outils déployables. Très vite, ORAS et son assistant décident de réaliser une maquette en carton leur permettant de tester le mouvement observé.

Pour l’aider dans la réalisation de dessins préparatoires, ORAS achète sur le marché aux puces tout ce qui touche de près ou de loin au principe de géométrie variable. Parallèlement, il repère dans Bruxelles une dizaine d’élévateurs à ciseaux qu’il observe longuement. Le but de cette observation : identifier et localiser les points de stress, de tensions ; comprendre où et comment les matériaux sont sollicités.

Cette phase d’observation et d’apprentissage est essentielle pour ORAS. Il est persuadé que, une fois le mouvement maîtrisé, "tout deviendra possible". Il rêve déjà d’une Mecano-Sculpture à géométrie variable glissant sur la surface de l’eau. Un "monstre aquatique" qu’il aimerait voir fonctionner dans les anciens bassins du centre ville de Bruxelles.

Ce rêve devient réalité avec la construction d’un prototype. ORAS veut personnaliser le mouvement, le ramener à lui.  Pour ce faire, il donne au prototype le nom d’Aquarius Complexus, en référence à son signe astrologique. "Les verseaux sont souples" précise-t-il. "Ils s’adaptent tout en restant fidèles à ce qu’ils sont. Géométriquement, les points fixes d’un verseau restent à égale distance. Leur personnalité ne change pas, c’est leur tempérament qui évolue."

Le mouvement d’extension fascine ORAS. Son imagination s’emballe. Dans le cadre du passage à l’an 2000, il imagine pour la Ville de Bruxelles Station de mesure, un ensemble de trois instruments à géométrie variable, dédiés aux plans d’une ville imaginaire. Trois pèlerins porteurs d’un message aux générations futures. Et pourquoi ne pas les faire se mouvoir verticalement le long des façades ? Et pourquoi ne pas créer un portail dans lequel les pèlerins pourraient évoluer librement ?

C’est dans ce bouillonnement d’idées, un beau matin d’avril 1997, qu’ORAS reçoit une lettre l’invitant à participer au projet "Pérégrimobile" dans le cadre de l’Exposition Universelle de Lisbonne [Portugal]. L’occasion rêvée pour ORAS de concrétiser ses projets de Mecano-Sculptures à géométrie variable.

Il propose Peregrinus, qui sera livrée à Lisbonne en décembre 1997. Par ce fait, ORAS veut créer des carrefours, attirer l’attention. Et ça marche. Une année plus tard, la Ville de Roeselare invite ORAS à célébrer le passage au vingt et unième siècle. Le projet présenté est ambitieux : Terra Nova, une Mecano-Sculpture monumentale à géométrie variable grimpant à 20 mètres du sol, le long d’un câble suspendu.

Pour ORAS, Terra Nova rejoint l’esprit même des villes ultramodernes, obligées de s’élever dans les airs pour répondre à une expansion démographique galopante.

Le cycle dit de géométrie variable s’inscrit dans une évolution logique : fixes au départ bien qu’accomplissant une tâche [Phoenix], les œuvres d’ORAS se mettent en mouvement en balançant sur elles-mêmes [Gloria]. Suit la marche mécanique par pas des Héros et le caractère monumental du Voyageur, qui de ses neuf mètres de haut semble vouloir se rapprocher du ciel. Terra Nova, quant à elle, quitte pour de bon la terre ferme grâce au principe d’extension. Au sol, on parle de "navire céleste" […]

 Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Romica Murareanu, Barbara Hahn.

01/08/2005

GLOBE TRANSCRIPTION

 

Globe Transcription
First Movement
Novembre 1979

 

Nous sommes en 1978... Trois années après "Les Editions de la Tempête" [Moulin à vent destiné à l'impression de poèmes sur du papier fait main] et "Pioneer" [Machine en bois destinée à l'impression de slogans poétiques sur des feuilles de papier grand format, 120 x 240 cm], deux projets qui illustrent déjà très clairement l'intérêt d'ORAS pour les langues écrites et les techniques de reproduction.
 
Le projet "Globe Transcription" naît l’été 1978, d'une discussion à bâtons rompus [et bien arrosée] entre ORAS, le poète flamand Marcel Van Maele et Radomir Schotte, actif dans la sphère théâtrale francophone.
 
C'est Marcel Van Maele qui initie l'échange et aborde en premier le thème des "langues écrites en voie de disparition, pour des raisons géographiques, économiques et/ou politiques". Ses interlocuteurs se passionnent rapidement pour cette problématique et, de fil en aiguille, la discussion s'oriente vers un projet concret : aller sur place, là où les langues meurent... faire le même travail de recensement que celui effectué pour les espèces animales menacées.
 
ORAS propose alors Tamanrasset [dernière ville avant le désert du Sahara, passage obligé des passionnés du désert et carrefour de rencontre des populations nomades] qu'il connaît bien pour l’avoir déjà traversé dans le cadre du projet "Orgue éolien mondial". Il sait par expérience qu'ils y trouveront des Touaregs, peuple dont la langue écrite [le Tifinar] serait l'une des douze en voie de disparition à travers le monde.
 
En l'espace d'une soirée, le concept devient projet. Mais très vite, ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte réalisent qu'un tel projet doit obligatoirement prendre la forme d'un échange culturel. C'est ainsi qu'ils décident, d'un commun accord, de prendre comme base une série de coupures de presse, sélectionnées dans la rubrique "Faits divers" de 12 journaux européens, entre le 21 et le 23 octobre 1978. Les articles, courts, sont choisis pour la simplicité de leur vocabulaire et leur caractère local.
 
Concrètement, le projet prendra la forme suivante : les trois amis quitteront Bruxelles pour Alger, puis Tamanrasset. Ils emporteront avec eux les douze articles de presse, photocopiés en plusieurs exemplaires. Sur place, leur "mission" sera de trouver un traducteur professionnel et de faire traduire les douze articles par une assemblée de Touaregs, réunie pour l'occasion.
 
Arrivée à Tamanrasset, en novembre 1978. ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte partent à la rencontre des notables de la ville auxquels ils projettent de présenter "Globe Transcription". Chacun d'entre eux est muni d'un porte-document renfermant un carnet de dessin format A2, des crayons de différentes tailles ainsi qu'une copie des coupures de presse originales.
 
Au hasard des rencontres, on leur conseille de s'adresser à une Française vivant en plein désert, entourée de Touaregs. Avec l'aide d'un guide, les trois compères se rendent alors sur place et font la connaissance d'une délicieuse dame d'une septantaine d'années. "Sa vie était un roman... sa maison, un oasis" raconte aujourd'hui ORAS, songeur. Une "fumeuse de Gitanes", ajoute-t-il, qui les initiera avec raffinement à la culture et aux coutumes Touaregs.
 
Celle-ci leur conseille de se rendre, de sa part, chez le directeur de l'agence de la Banque Nationale d'Algérie, à Tamanrasset. Un conseil qu'ils suivront à la lettre et qui leur fera découvrir un jeune homme distingué, habillé "à l'Occidentale" et parlant un français parfait. Un Touareg de bonne famille que les parents envoyèrent étudier à Paris, où il rencontra son épouse, une française de toute beauté.

 

Directement, le courant passe entre les quatre hommes. Le soir même, ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte sont invités dans la demeure du Touareg, en dehors de la ville, au beau milieu des dunes de sable.
 
A leur arrivée, le tableau est impressionnant : dans l'enceinte de la maison traditionnelle, de nombreuses tentes de Touaregs. Le notable les accueille poliment et les emmène dans une pièce à l'écart. Là, les attendent les membres de son clan. Une pièce remplie de Touaregs. Intimidés, les trois étrangers se présentent à l’assemblée et exposent leur projet. Ils distribuent les coupures de presse, toutes traduites en français. Trois scribes sont désignés et couchent sur papier ce que leur dicte l’assemblée, en Tamasheq [langue parlée Touareg].
 
La confrontation des cultures est passionnante : comment traduire le mot "sable" ? Pour un Touareg, il existe vingt, voire trente mots différents pour désigner le sable. Mêmes tergiversations autour du mot "prison". Un mot qui inspire bien peu de chose à un peuple habitué à pratiquer l’exclusion et non la réclusion. Les discussions durent une bonne partie de la nuit et se terminent par un gigantesque couscous géant, dont ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte sont les invités d’honneur.
 
Retour à Bruxelles avec, sous le bras, le document original qui sera par la suite reproduit en sérigraphie à raison de 120 exemplaires, numérotés et signés.
 
Initialement, il était prévu que la vente de ces 120 exemplaires finance, en partie, la suite du projet… à savoir, le recensement d’autres langues menacées. Avec, comme but ultime, la réalisation d’une édition bibliophile reprenant les différents voyages effectués à travers le monde.
 
Malheureusement, par manque de persévérance et compte-tenu de l’émergence d’autres opportunités, le projet fut avorté après ce qui est aujourd’hui qualifié de "First Movement".

 

Le projet "Globe Transcription - First Movement" n’est pas né par hasard. Il émerge de la rencontre, dans les années 70, entre ORAS et les poètes… et s’inscrit clairement dans la foulée des projets "Les Editions de la Tempête" et "Pioneer" […]

13/06/2005

VOYAGEUR

 

Nous sommes en 1990. ORAS finalise Eldorado [duquel seront issues par la suite les trois Stations Interplanétaires] lorsqu'il est contacté par l'agence de publicité de Perrier.
 
L'un des responsables de l'agence belge a découvert le travail d'ORAS via un reportage consacré à son œuvre dans l'émission Cargo de nuit [RTBF]. Il est immédiatement séduit par le caractère monumental, singulier, futuriste des Mecano-Sculptures et demande à rencontrer ORAS afin de discuter des différentes possibilités de collaboration.
 
Directement, ORAS saute sur l'occasion et leur expose un projet qui trotte dans sa tête depuis un moment : la conception et la réalisation d'un "gardien". Ses interlocuteurs sont directement séduits.
 
ORAS propose alors d'illustrer son projet par un dessin. Le gardien fera 9 mètres de haut, pèsera 3 tonnes et demi et se déplacera par pas. Son oeil s'ouvrira et se fermera aléatoirement. Il sera destiné à se mouvoir le long d'une façade aveugle, au cœur de la ville. Pourquoi 9 mètres ? Et ORAS de répondre : "10 est un chiffre imbécile... 7 est trop petit... 13 porte malheur... 9 est tout simplement magnifique !"
 
L'équipe responsable de la communication de Perrier est de plus en plus enthousiaste et déclare "avoir trouvé l'endroit idéal" ! Il s'agit d'une des façades de l'Hôtel Albert, près de la Gare du Nord [Bruxelles centre]. Après plusieurs négociations, le gérant de l'hôtel décide toutefois de leur refuser la location de la façade. Et ce, par peur du bruit que pourrait engendrer le fonctionnement de la sculpture.
 
Alors que les responsables de l'agence partent à la recherche d'une façade adéquate, ORAS travaille à la réalisation d'un modèle réduit fonctionnel. Malheureusement, les refus de location se succèdent compte tenu des dimensions colossales de la Mecano-Sculpture : trop fragile, trop dangereux, trop central, ...
 
L'équipe se décourage. ORAS propose alors un concept différent : la réalisation d'un portique destiné à supporter la Mecano-Sculpture. ORAS défend l'idée d'un "gardien itinérant", placé à l'entrée des grandes métropoles. "Un voyageur" précisera-t-il. "Un voyageur interplanétaire".
 
En donnant à cette Mecano-Sculpture le nom de "Voyageur Interplanétaire", ORAS fait référence aux Portes du ciel. Et d'ajouter, imperturbable :"Pouvons-nous aujourd'hui imaginer une société fonctionnant sans portes ? Non ? Donc, je fais des portes !" Et puis il y a l'idée du voyage, très importante pour ORAS qui aime affirmer que "sa vie est un grand rêve de voyage".
 
C'est ainsi qu'il réalise un photomontage illustrant son projet de Mecano-Sculpture se mouvant dans un immense portique. Il va même plus loin et part à la recherche d'un sponsor. La firme LAYHER [qui fera les calculs de stabilité et soumettra à ORAS une offre de prix pour la structure tubulaire] est intéressée par le projet.
 
Un événement viendra malheureusement mettre un terme à ce élan d'enthousiasme généralisé. Un jour, sans avoir été prévenu au préalable, ORAS reçoit une enveloppe de l'agence parisienne. Cette enveloppe comprend une copie du dessin original d'ORAS sur lequel les responsables ont jugé bon d'ajouter sur l'œil du Voyageur Interplanétaire le logo "Perrier" en grand.
 
ORAS est fou de rage et se sent piégé. En effet, il était initialement convenu que la marque soit présente aux côtés de la sculpture et que Perrier se présente au public comme "sponsor d'œuvre d'art". Or, le document reçu par ORAS est tout autre. Perrier s'approprie littéralement la sculpture ! Les discussions entre ORAS et l'agence parisienne se multiplient. Chacune des parties défend fermement sa position et ses intérêts.
 
ORAS décide alors qu'il ne travaillerait pas avec Perrier, et ce malgré les conditions financières alléchantes [contrat de 5 ans au terme duquel la sculpture reviendrait à l'artiste ou pourrait être rachetée par Perrier]. Il prône avec force la liberté de création et annonce à Perrier son refus de collaborer avec la marque.
 
Une décision difficile pour ORAS qui, encore aujourd'hui, se demande si il n'aurait pas dû accepter l'offre de Perrier. "J'ai dit non car j'ai trouvé cela impur à l'époque, j'en ai été malade très longtemps, je me suis senti baisé !"
 
Voici donc ORAS, seul, avec "sous le bras" ses dessins et son modèle réduit du Voyageur Interplanétaire ! Une fois de plus, le hasard fait bien les choses. Hasard ? ORAS préfère parler d'opportunité car, comme il aime à le répéter, "c'est en se mettant en route qu'on est susceptible de faire des rencontres".
 
Nous sommes en 1993. ORAS reçoit un coup de fil des responsables de la Ville d'Anvers. Ceux-ci préparent l'événement "Anvers, Ville Culturelle de l'Europe" et aimeraient exposer quelques-unes des Mecano-Sculptures d'ORAS.
 
Ce dernier les invite dans son atelier, dans lequel le modèle réduit du Gardien est particulièrement mis en valeur. Les invités tombent directement sous le charme du Voyageur Interplanétaire. Quinze jours plus tard, ils reviennent avec un sponsor... et un contrat !
 
Le sponsor est une firme anversoise spécialisée dans l'Industrie portuaire. La fabrication du Voyageur est entièrement prise en charge par ce tiers, à l'exception de l'œil, trop fin et trop complexe. L'oeil métallique de 400 kilos sera réalisé par ORAS, avec l'aide de son assistant de l'époque, Vincent.
 
Le Voyageur Interplanétaire est exposé pour la première fois à Anvers, en 1993, lors de l'inauguration de "Anvers, Ville Culturelle de l'Europe". Le gardien de 9 mètres de haut s’y déplace par pas, le long d'une estrade [3 pas en avant, 3 pas en arrière et 1,50 mètre par pas]. Electriquement, le Voyageur Interplanétaire consiste en un gros moteur industriel de 380 volts avec réducteurs. Particulièrement imposant, les trois mètres de chaînes en triplex, d'un poids total de 150 kilos.
 
Parallèlement, le modèle réduit fonctionnel est exposé dans le prestigieux bureau central de la Compagnie Maritime Belge. Les Sept Héros du Grand Paradoxe fonctionnent, quant à eux, le long du port d'Anvers.
 
Comment réagissent les gens face à ce colosse de 3 tonnes et demi et de 9 mètres de haut ? Etonnement, la séduction est immédiate. Très vite, les passants s'approchent de la sculpture, s'y accoude, grimpe sur la patte, ... ORAS parle d'un "géant débonnaire qui ne dégage aucune agressivité, qui ne fait pas peur... d'une force tranquille". "Le Voyageur Interplanétaire est imperturbable, il regarde au-dessus de l'homme, il est le gardien du Cosmos et ne s'occupe pas de l'étroitesse d'esprit de certains humains. Il veille sur eux [...]"  

ORAS fait également la différence entre les Héros et le Voyageur : "Les Héros sont des guerriers, des conquérants... Le Voyageur est un doux rêveur, un romantique [...]"
 
Ce projet n'a pas eu comme seule conséquence de mettre ORAS face à son intégrité d'artiste, il lui a également rappelé à quel point il aimait construire, trouver des solutions techniques, mettre "la main à la pâte".
 
"J'ai le besoin viscéral de toucher, d'assembler, de travailler les matières premières... mais également de communiquer, d'échanger à propos d'une réalisation technique." "Tout cela a quelque chose de magique !" Le Voyageur Interplanétaire a été entièrement construit par une firme spécialisée, sur base des plans et instructions d'ORAS. Un luxe qui ne fait pas le bonheur de l'artiste-constructeur.
 
Le rêve d’ORAS ? S’approprier un hangar dans lequel il pourrait vivre au milieu de ses Mecano-Sculptures et continuer à construire avec l’aide de ses assistants [...]
 

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Vincent Lambert.

06/06/2005

EXTASE

 

Anatomie de l'Extase, c'est l'histoire d'une rencontre... celle d'ORAS et de Romica Murareanu, qui deviendra son assistant en 1996. 

Initialement, Anatomie de l'Extase consiste en sept Mecano-Sculptures de 7 mètres de long sur 2,50 mètres de large, destinées à être suspendues à l'aide de câbles dans de grands espaces comme des halls d'exposition, des halls d'aéroports, des églises, ...
 
Afin de mieux sentir l'expression de la sculpture et son comportement au vent, ORAS et Romica réalisent un premier modèle réduit de 3,50 mètres de long sur 2 mètres de large . Suite à cela, ils prennent conscience des restrictions pratiques liées au caractère suspendu de la sculpture [obligation de plafonds élevés, impossibilité d'exposer en plein air, ...] et réalisent un second modèle réduit, cette fois, fixé sur pylône.

L'avantage de cette solution est indéniable : les sept Mecano-Sculptures définitives pourront être exposées partout, sur les places publiques, en pleine nature, ... Parallèlement, ORAS prévoit sur chacune des sculptures un crochet permettant la suspension par câble.

Une fois terminé, l'ensemble Anatomie de l'Extase symbolise la conquête, la migration, le voyage.

La rencontre entre ORAS et Romica est marquante. Pour la première fois, ORAS est face à un homme d'âge mûr et d'expérience qui maîtrise les techniques de construction, la mécanique de précision, les travaux sur tour et les principes d'électricité.

La collaboration devient vite fusionnelle entre l'artiste et cet homme qui parle à peine le français et ne connaît rien à l'Art. Outre un grand sens de la construction, Romica séduit ORAS par son élégance physique et morale ["une élégance innée" dira ORAS] et son implication totale dans les projets artistiques en cours. La confiance entre les deux hommes est totale. Et ce, même si ORAS doit de régulièrement réfréner les ardeurs de Romica, pour qui "TOUT devait être automatisé".

Techniquement, le système mécanique utilisé pour Anatomie de l'Extase est partiellement similaire à celui des Sept Héros du Grand Paradoxe : roues dentées, chaînes et moteur électrique.

L'installation électrique consiste en un moteur de 24 volts alimenté par deux batteries de 12 volts, lesquelles se rechargent de manière autonome grâce à un moulinet placé à l'avant de chaque sculpture et entraîné par le vent.

A cela s'ajoute un astucieux jeu d'équilibre, de contrepoids et de porte-à-faux qui inspira à ORAS l'intitulé "Anatomie de l'Extase". Et de préciser : "L'extase n'est pas immatérielle. C'est une réalité mécanique, tangible, structurée."

Pour la première des "oiseaux migrateurs" comme il les appelle, ORAS rêve d'exposer dans la Salle des Pas Perdus, la zone publique centrale du Palais de Justice de Bruxelles.  Pour des raisons financières, ce projet s'avère irréalisable. ORAS demande alors l'autorisation d'exposer les sept Mecano-Sculptures sur le terrain de l'aéroport de Grimbergen, face au vent. La réponse est positive. Le directeur de l'aéroport accorde à ORAS deux jours et une nuit d'exposition.

Une fois dans les airs, les sept Mecano-Sculpture d'Anatomie de l'Extase donneront l'impression de naviguer sur les vents [...]

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Romica Murareanu, Barbara Hahn.

01/06/2005

FICTION "ORAS"


 

Oras

 

Enfant, Oras regardait passer les oiseaux. Comme d’autres regardent passer les trains. Il ne savait pas encore qu’il révolutionnerait l’histoire de l’art du vingtéunième siècle. Il était juste un gamin comme les autres, observant le vol des oiseaux. Enfin, pas tout à fait comme les autres. Il suivait des yeux les pigeons, brindilles au bec, et pensait : « Combien de ces pigeons seraient nécessaires pour me soulever et m’emmener loin, au-delà des dunes, jusqu’à la mer ». Alors, il se mettait à compter. Deux, six, vingt, cent, ...

 

Une fois ses savants calculs terminés, il allait consulter son père. « Papa, mille pigeons suffiraient-ils à me soulever ? » Le père, perplexe, réfléchissait quelques instants et rétorquait avec le plus grand sérieux : « Les cordes, mon fils, as-tu comptabilisé le poids des cordes ? » Non ! Alors, courageusement, Oras s’en retournait à ses additions et comptait de plus belle. Deux, six, vingt, cent, ...

 

Et puis, un jour, il en eu assez de compter les pigeons. Il décida de devenir… inventeur ! « Plus tard, se dit-il, j’inventerai des machines qui ressembleront à de grands oiseaux et feront rêver les gens. »

 

Oras se précipita alors à travers champs afin d’exposer, sans plus attendre, son ambitieux projet. D’abord interloqués, les paysans lui lancèrent ensuite : « Construire des machines qui ne servent à rien, à quoi bon ? » Oras fit demi-tour, visiblement déçu. Il rentra à la ferme et monta une à une les marches qui mènent au grenier. Il referma la trappe derrière lui. Cette même trappe que son père avait tant de mal à soulever, un sac de grains à l’épaule. Soudain, il s’immobilisa, sembla réfléchir puis fit demi tour, précipitamment. Il redescendit quatre à quatre les marches et courut vers la grange.

 

Oras avait déjà vu faire. Il imita. Les enfants sont naturellement doués pour l’imitation. C’est ainsi qu’en moins de deux heures, il assembla un système de poulie. Tout était prêt. Il ne lui restait plus qu’à trouver un contrepoids suffisamment lourd pour empêcher la trappe de se refermer sur son passage.

 

Il réfléchit. L’excitation rougissait ses joues d’enfant, d’habitude si pâles. «  Mais c’est bien sûr, se dit-il, le chat ! » Voici Oras parti à la recherche du malheureux animal. Il aurait pu choisir une poule, une oie ou un canard, mais non, il savait d’instinct que le chat avait exactement le poids recherché. Ni plus. Ni moins.

 

La pauvre bête fut donc kidnappée et plongée dans le seau métallique, faisant office de contrepoids. Oras couvrit l’ensemble d’un vieux chiffon. Le tour était joué. Il ne se lassait pas d’admirer son invention et rêvait d’une gloire toute proche. « Quand mon père verra ça, se disait-il, il me laissera devenir inventeur. » Il se trompait. Le chat faillit mourir étouffé et Oras fut sévèrement grondé. « Tu ferais mieux de travailler à la ferme plutôt que de perdre ton temps à ces bêtises », lui hurla son père devant tout le monde. « Peu importe se répétait l’enfant, plus tard, je serai inventeur, je construirai des sculptures monumentales qui fonctionneront à l’aide de poulies, de chaînes et de contrepoids. »

 

Ce jour là, Oras décida de ne plus jamais parler de ses projets d’avenir. Le temps passa. Oras, lui, passa son temps à observer et à réfléchir.

 

A l’âge de huit ans, il commença à s’intéresser aux couleurs et aux formes. Des heures d’observation pour finalement conclure que « dans la nature, comme dans la vie, il y avait toujours quelque chose dans le chemin » ! C’est alors qu’Oras prit l’habitude de se promener un bras à l’horizontal, les yeux plissés, le pouce orienté de manière à masquer les imperfections et autres « fautes de goût ». « Quand je serai inventeur, grommelait-il, je concevrai des machines dont la pureté, la ligne et l’harmonie feront oublier tout le reste. »

 

Au fil des années, Oras se créa un univers bien à lui. Secrètement, par l’observation, il apprit son métier d’inventeur.

 

Un demi siècle plus tard, « le farfelu » - comme l’appelait son père - conçut « Les Sept Héros du Grand Paradoxe », une caravane de sculptures monumentales, ressemblant étrangement à de grands  oiseaux. Il y eut également « Phoenix », une sculpture en bois lamellé, de deux tonnes et demi, destinée à la frappe de médaillons grand format. Ou encore « Gloria » une cellule ovoïde habitable se déplaçant par balancement.

 

Et, comme à l’époque, lorsqu’il était enfant, les autres ne comprirent pas. Les galeristes, les commissaires, les critiques d’art, …  tous n’avaient d’yeux que pour les artistes théoriciens. Le monde de l’art idolâtrait les créateurs de vide, les « dématérialisateurs ». Et, comme dans son enfance, Oras n’en fit qu’à sa tête. Il continua à inventer des sculptures mécaniques monumentales, envers et contre tout. Rien n’était jamais trop grand, trop lourd, trop concret. Chacune de ses machines était un pied de nez au degré zéro de l’Art prôné à l’époque.

 

Oras mourut, dans l’indifférence générale.

 

Des décennies plus tard, son œuvre fut consacrée « la plus grande invention artistique du vingtéunième siècle ».

 

Aujourd’hui encore, un siècle plus tard, les gens redécouvrent l’œuvre d’Oras. Un artiste célébré par les nouvelles générations pour être descendu  dans la rue et avoir transgressé les règles artistiques de l’époque.

 

Nous sommes en 2079. Souvent, je réouvre un des nombreux ouvrages consacrés à l’œuvre d’Oras, mon grand-père. J’aime tout particulièrement « Terra Nova », l’une de ses dernières œuvres. Une sculpture à géométrie variable de six mètres d’envergure, se hissant vers le ciel, le long d’un câble. Alors, je repense aux histoires que me racontait ma mère, pour m’endormir : « Enfant, Oras regardait passer les oiseaux. Comme d’autres regardent passer les trains […] ».


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14/02/2005

GENERATION SPONTANEE

 

Début des années 90, un événement tragique marque ORAS et influence l’évolution du Mecano-Art. Son assistant, qu’il considère comme son fils, fait une tentative de suicide. Il a alors 21 ans et travaille aux côtés d’ORAS depuis ses 18 ans.
 
L’impression d’ORAS est celle d’un double échec : pourquoi n’a-t-il rien remarqué d’anormal chez son assistant ? Pourquoi celui-ci, malgré leur complicité, ne lui a-t-il pas parlé de son mal-être ?
 
Cet incident fait naître chez ORAS une introspection profonde. Il ressent le besoin de faire parler la spiritualité des choses, d’aller au-delà de la mécanique. L’âme seule le préoccupe. Il s’inspire alors d’un objet centenaire, offert par la mère de cet assistant, plusieurs années auparavant : un miroir aux alouettes. Un objet qui fascine et inspire ORAS depuis toujours : "J’ai toujours su au plus profond de moi-même qu’un jour je ferai quelque chose de cet objet".
 
A posteriori, ORAS parlera de "convergence" pour définir cette période charnière : "A mon insu, il y eu une convergence d’influences, de vibrations, de lignes de force qui provoquèrent chez moi une prise conscience, un retour sur moi-même en tant qu’individu. C’est là tout le côté mystique de la création."
 
Dans un premier temps, ORAS analyse en détails les proportions du miroir aux alouettes. Il réalise ensuite un dessin destiné à la fabrication des prototypes [1 mètre de large sur 50 cm de haut sur 25 cm de profondeur]. Les trois prototypes sont réalisés en usine, à partir de blocs en polyuréthane de 2 mètres de large sur 1 mètre de haut et 50 cm de profondeur. La découpe par fil d’acier chauffé est guidée par ordinateur, sur base des dessins fournis par ORAS. Une fois les trois prototypes réalisés, ORAS entame le dessin taille réelle [2 mètres de large sur 1 mètre de haut et 50 cm de profondeur]. Ce dessin 1/1, qui servira à la découpe des 14 pièces définitives, sera par la suite annoté/signé par ORAS et envoyé par poste à son assistant.
 
A cet ensemble de 13 pièces [qualifiées d’oiseaux], ORAS donne le nom de "Génération spontanée" en référence aux croyances antiques selon lesquelles la vie naîtrait spontanément, dans les eaux stagnantes. De par cet intitulé, ORAS exprime son attachement à la recherche de la spiritualité.
 
"Génération spontanée" est exposée pour la première fois à Luxembourg, en 1995, dans le cadre de Luxembourg, Capitale Culturelle de l’Europe. Les 13 oiseaux [13, chiffres porte-malheur] sont peints en blanc et disposés sur un tapis d’eau, recouvert de pétales de roses. Chaque pièce est placée sur un socle "négatif" [réalisé à partir des blocs initiaux après découpe] et tourne lentement sur elle-même. Sur chaque oiseau, ORAS a peint des lèvres rouges ainsi que deux yeux réalistes.
 
Par la suite, ORAS testera différentes manières de représenter les yeux : non figuratifs, en or, blanc en relief, … Cette recherche perpétuelle s’appliquera d’ailleurs à l’entièreté de l’œuvre [nombre, disposition, matière,  couleur, …]. Un jour, ORAS ira même jusqu’à poser un soleil en or massif dans le creux de l’épaule d’un des oiseaux, comme symbole d’espoir. Pour ORAS, "il y a quelque chose d’insaisissable dans Génération spontanée". Et d’ajouter : "A chaque fois que je suis face à cet ensemble, de nouvelles idées jaillissent. C’est comme si je pouvais aller partout et nulle part à la fois. Comme si je tentais, en vain, de percer le mystère de la vie et de la mort".
 
Toujours dans ce même esprit d’expérimentation, 3 des 13 pièces ont été momifiées par ORAS à l’aide de toile de jute et sont toujours aujourd’hui exposées sur sa terrasse, au grand air.
 
Indéniablement, cette réalisation est bien différente des Mecano-Sculptures précédentes. Dans "Génération spontanée", c’est l’âme qui compte… plus que la mécanique. Ce que créé ORAS en 1987, ce sont treize fantômes de l’esprit. Etrangement, cette œuvre complexe [en ce qui concerne le processus de création] est peut-être la plus facilement assimilable par le public. Quoi qu’il en soit, elle amorce incontestablement dans l’œuvre d’ORAS un recentrage sur l’être en tant qu’individu spirituel.
 

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Romica Murareanu, Barbara Hahn.

22/09/2004

ELDORADO & STATIONS

 

ORAS expose les Sept Héros du Grand Paradoxe à travers l’Europe lorsqu’il commence à concevoir Eldorado, nom donné au prototype duquel seront issues par la suite les trois Stations Interplanétaires.
 
Initialement, le principe mécanique d’Eldorado est similaire à celui des sept Héros. Toutefois, en cours de route, ORAS ressent rapidement le besoin d’innover, d’aller au-delà de ce qui a été fait précédemment.
 
Première innovation, la silhouette ne rappelant plus celle d’un oiseau mais celle d’un homme. Un gardien. Ensuite, l’œil, qui exigera à lui seul d’importantes études préparatoires afin d’éviter de tomber dans le classicisme. Enfin, le mouvement de la Mecano-Sculpture qui ne marche plus mais esquisse un pas, pour revenir ensuite à sa position initiale.
 
Ce mouvement est important pour ORAS. Il le qualifie de "pas de danse" et parle d’un "mouvement automatique, hypnotique, lancinant à la manière des pendules". A quoi s’ajoute le caractère autonome d’Eldorado qui n’exige pas autant d’attention que ne l’exigeaient les Sept Héros du Grand Paradoxe. Enfin, ORAS expérimente pour la première fois les techniques de construction en triangulation, similaires à celles utilisées pour la construction de la Tour Eiffel. Le registre exploité est celui des instruments de mesure et de la mécanique industrielle.
 
A posteriori, il est toutefois indéniable qu’Eldorado se différencie des autres Mecano-Sculptures. Principalement, de part la couronne lumineuse dont l’affuble ORAS. Le caractère ludique, léger et décoratif de l’ensemble est inattendu. Lorsqu’on le questionne sur ce point, ORAS évoque "son désir d’explorer les différentes facettes de son âme". Et ce, même si "le dark side reprend rapidement le dessus". Avec Eldorado, tout est là. La richesse est à portée de main. ORAS rêve secrètement d’insouciance, de beauté et d’abondance.
 
Un rêve de courte durée. Issus d’Eldorado, les Stations Interplanétaires retrouvent le sérieux, la profondeur et l’arrogance des Sept Héros du Grand Paradoxe. Et si l’Eldorado était ailleurs ? ORAS construit trois Stations Interplanétaires et fait ainsi référence à la conquête spatiale, à la mécanique céleste. Il a la conviction profonde que "sans espace, il n’y a pas d’issue". Et d’ajouter : "Certains se contentent de leur maison, de leur jardin, de leur village, de leur pays… moi, non !"
 
Difficile pour ORAS, suite au succès des Sept Héros du Grand Paradoxe et à l’émergence de l’intitulé Mecano-Art, de garder le cap. Pourquoi ne pas s’être arrêté après les Héros ? Pourquoi ne pas s’être contenté d’exposer les Mecano-Sculptures à travers l’Europe ? Voire même d’en réaliser des exemplaires miniatures afin de les commercialiser, comme cela lui a été proposé ? Parce que ORAS a toujours eu "le besoin viscéral de continuer à expérimenter de nouvelles choses, à innover, à s’aventurer au-delà des balises". La sécurité ne l’intéresse pas. Jusqu’à aujourd’hui, ORAS s’est toujours mis en porte à faux, volontairement. Instinctivement. Se mettre en danger, c’est pour lui ne pas laisser ses rêves ‘lettre morte’, ne pas s’enliser dans la facilité du moment.
 
Par la suite, les Stations Interplanétaires seront souvent exposées aux côtés d’autres sculptures, elle aussi quelque peu "différentes" : Génération Spontanée […]
 

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Vincent Lambert, Xavier Looze.

13/09/2004

MECANO-ART

 

"Impressionnisme", "Cubisme", "Surréalisme", "Ready-made", "Pop-Art", "Expressionnisme abstrait", … Qu’ont en commun tous ces mouvements artistiques ? En quoi ont-ils marqué l’histoire de l’Art ? Facile ! Leurs initiateurs, réactionnaires pour la plupart, sont tous à l’origine d’une rupture radicale. Tous ont rejeté l’establishment, ont transgressé les règles artistiques alors en vigueur.
 
En 1985, ORAS conçoit et réalise les Sept Héros du Grand Paradoxe. On parle pour la première fois de "Mecano-Art". A lui seul, cet intitulé s’érige contre la tendance artistique de l’époque, à savoir la dématérialisation. N’est-il pas hardi de concevoir sept sculptures monumentales en mouvement alors que tous prônent le principe de conceptualisation. Fin des années 90, c’est la démarche qui prime… plus que le résultat. On assiste à l’émergence "d’artistes théoriciens". Les œuvres n’existent plus que par les théories qu’elles illustrent.
 
Et pourtant, malgré cette inadéquation entre le "Mecano-Art" et la tendance artistique de l’époque, ORAS s’acharne. Toujours plus grand. Toujours plus haut. Par esprit de contradiction [contestation ?] peut-être mais d’abord et avant tout par conviction personnelle. Parce que le Mecano-Art est "le reflet de sa manière de vivre au quotidien". Pour ORAS, tout est mécanique : la pensée, le dialogue, l’écriture, les relations, … "Dans la vie, il suffit d’assembler les bonnes pièces et d’utiliser les bonnes courroies de transmission."
 
Avec les Sept Héros du Grand Paradoxe, la mécanique revêt toutefois une dimension supplémentaire. Là aussi, ORAS va à l’encontre de tout ce qui est acquis. Depuis la nuit des temps, les hommes ont inventé des machines dans un seul et même but : produire, de préférence le plus vite et le plus efficacement possible. ORAS, lui, crée des machines qui n’ont aucune utilité en soi. Pire : il conçoit des machines dont l’une des particularités est de se déplacer par pas… lentement !
 
Compte tenu des éléments cités plus haut, on comprend mieux le caractère "héroïque" et "paradoxal" de ces premières Mecano-Sculptures. Notons par ailleurs qu’il arrivera à ORAS [a posteriori]  de se montrer mitigé par rapport à l’intitulé "Mecano-Art". Car "si il aide le public à appréhender son œuvre, il est réducteur et l’empêche souvent de réfléchir plus loin, d’aller à l’essentiel".
 
En 1985, cette série de sept sculptures identiques est l’aboutissement de plusieurs années de réflexion. Rappelez-vous : tout a commencé avec le LEM, première machine à imprimer conçue par ORAS vingt ans plus tôt. A suivi, en 1977, Les Editions de la tempête… un moulin à vent destiné à l’impression de poèmes sur du papier fait main. Suit Pioneer, une machine à imprimer fonctionnant à l’énergie solaire. Puis Phoenix, destinée à la frappe de médaillons grand format. Et enfin Gloria, une cellule ovoïde habitable se déplaçant par balancement autour de son axe.
 
Toutes ces machines illustrent clairement l’intérêt d’ORAS pour le design, le caractère monumental et la mécanique. Toutefois, contrairement aux Héros, elles produisent toutes quelque chose, dans la continuité des happenings et de la démarche du Mass Moving. Avec les Sept Héros du Grand Paradoxe, ORAS va un pas plus loin : concevoir et réaliser des sculptures [et non plus des machines !] qui ne font plus rien, si ce n’est exister.
 
Nous sommes en 1985. Les Sept Héros du Grand Paradoxe amorcent le début d’une nouvelle ère […]

02/09/2004

HEROS [2]

 

Mais l’événement le plus ambitieux est peut-être l’exposition des Sept Héros du Grand Paradoxe à Vancouver, Canada, en 1991. L’invitation émane de Michel Lefebvre, producteur canadien de musiques du monde et ami d’ORAS. Son projet initial : exposer les Héros à travers tout le Canada et les Etats-Unis.
 
Malheureusement, les autorisations et assurances nécessaires sont quasi impossibles à décrocher. Le projet final se réduit donc considérablement mais reste toutefois complexe : transporter par bateau, en pièces détachées, les Sept Héros du Grand Paradoxe afin de les exposer durant une semaine à Vancouver. Une fois de plus, ORAS négocie ! Auprès de la Compagnie Maritime Belge d’abord, de laquelle il reçoit gracieusement le transport par bateau Anvers-Montréal ainsi que la mise à disposition d’un container flambant neuf. Des Chemins de fer transcanadiens ensuite, desquels il reçoit le transport du container Montréal-Vancouver. Reste à charger les pièces détachées et le matériel nécessaire au montage. Une fois de plus, le budget ne permet de sous-traiter cette tache délicate et difficile à une firme spécialisée. Peu importe, ORAS en a vu d’autres. Afin de se familiariser avec les techniques de remplissage de containers, il simule dans son atelier de la rue Masui un container de 12 mètres de long. A l’arrivée, pas un boulon ne manquera à l’appel. L’exposition des Héros à Vancouver est un succès.
 
Au Canada comme partout ailleurs, les Héros impressionnent, intimident. Alors, pour se rassurer, les passants renomment les sculptures, leur inventent une identité, les rattachent à ce qu’ils connaissent. Les Héros deviennent ainsi les "Oiseaux", les "Hérons", les "Insectes", les "Robots", ... Ce que ORAS préfère ? Le moment ultime où la pointe est à la verticale, car "cela leur enlève toute expression figurative".
 
ORAS a un peu plus de cinquante ans lorsqu’il conçoit et réalise les Sept Héros du Grand Paradoxe. "Son œuvre de maturité", comme il aime l’appeler. A ce stade, il a la conviction d’avoir fait les bons choix et a confiance en l’avenir.
 
Il sait pourtant que les portes des musées seront trop étroites pour accueillir les Sept Héros de Grand Paradoxe. Il sait aussi que la liberté a un prix et contient une part de risque. Avec les Héros et les œuvres ultérieures, il confirme toutefois son choix d’évoluer dans la rue et sur les places publiques. Parce que "ce n’est qu’en dehors des sentiers battus qu’on peut courir librement".
 
Et lorsqu’on demande aujourd’hui à ORAS pourquoi il a toujours refusé de réaliser des Héros miniatures, faciles à commercialiser, il répond "ne pas être un marchand, mais un seigneur des rêves".
 

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Vincent Lambert, Xavier Looze, Serge Nicolas, Michel Lefebvre.

25/08/2004

HEROS [1]

 

ORAS considère les Sept Héros du Grand Paradoxe comme son œuvre majeure, l’aboutissement de tout ce qui précède.

Le caractère unique de cette œuvre provient du fait que les sept Héros sont parfaitement identiques, pièce pour pièce. Il n’y a pas de meneur, pas de hiérarchie. Tous se déplacent à la même vitesse, d’après le même mécanisme. La couleur blanche domine, comme symbole de pureté absolue. Une démarche intéressante qui pourrait s’inscrire dans la lignée de la peinture industrielle et du principe de reproduction par sérigraphie des années 60. Toutefois, dans le cas d’ORAS, il ne s’agit pas de peintures mais de sculptures monumentales, en mouvement. En créant sept Héros parfaitement identiques, ORAS rejette les aspects décoratifs et conceptuels de l’art. Il rend tout choix, toute préférence impossible. Il désamorce, en quelque sorte, le processus émotif.    

Nous sommes en 1985. ORAS connaît un succès grandissant et parcourt l’Europe avec Phoenix, Gloria, … Une nuit, il rêve de son père décédé quelques années auparavant et des marais de son enfance. Posé sur l’épaule paternelle, un héron. Le lendemain, ORAS commence à travailler sur les premiers dessins des Sept Héros du Grand Paradoxe. Son idée initiale est de créer une sculpture monumentale dans la lignée de ses œuvres précédentes mais se déplaçant par pas. Les premiers croquis sont décevants. Dans l’élan de Gloria, ORAS conçoit une sculpture trop massive, trop "raide". Il dessinera ainsi plusieurs mois d’affilée. En vain. Jusqu’au jour où lui vient l’idée géniale de basculer l’ensemble de 15 degrés par rapport à la verticale. Le premier Héros était né, avec cette impression de légèreté et de dynamisme due à l’inclinaison. Pourquoi sept ? Cette idée jaillit de la bouche d’ORAS lors d’une interview. Sans y avoir réfléchi au préalable, il déclara au journaliste : "Il n’y en aura pas un… mais sept. Historiquement, c’est unique !". ORAS rêve alors d’une caravane de sculptures monumentales, traversant les plus grandes métropoles du monde, pas après pas.

Reste toutefois deux problèmes. Le premier d’ordre technique. Le second d’ordre financier. Comment assurer la stabilité des Héros en mouvement compte tenu de cette inclinaison de 15 degrés ? C’est pour solutionner ce problème d’équilibre qu’ORAS ajouta à posteriori les câbles de traction. Les pointes d’aluminium suivront par la suite, mais cette fois dans un but uniquement esthétique.

Second problème rencontré : le budget nécessaire à la réalisation des Sept Héros du Grand Paradoxe, à savoir deux millions de francs belges. ORAS trouve ici et là quelques centaines de milliers de francs (sponsors, amis, ressources personnelles, …) mais cela ne suffit pas. Il décide alors de réaliser au préalable un prototype échelle 1 sur 1. Tout est calculé, analysé, testé dans un seul but : réduire les coûts au maximum. Au total, cinq personnes travailleront un an, à temps plein, sur ce prototype qui permettra au final des économies colossales. Fin 1987, ORAS procède à l’achat groupé des matériaux nécessaires à la construction en série des Sept Héros du Grand Paradoxe : acier, chaînes, roues dentées, roulements, aluminium pré découpé et pré plié, moteurs, … Les prix sont négociés à l’arrachée. ORAS paie comptant. Au final, les Héros feront 6 mètres de haut, pour 4 mètres de long et 2,85 mètres de large. Le poids par sculpture est de 350 kilos.

Ce qui précède illustre clairement la démarche d’ORAS en tant qu’artiste et nous éclaire quant au processus de création sous-jacent. ORAS n’est pas un intuitif pur. Il se fie bien entendu à ses pulsions créatrices mais sans toutefois leur faire aveuglement confiance. Chez ORAS, tout naît d’un savant mélange entre instinct et réflexion. Il dit lui-même "négocier l’intuition".

ORAS a cinquante ans lorsqu’il conçoit et réalise les Sept Héros du Grand Paradoxe. Un œuvre maîtresse qui lui ressemble étrangement : "En présence des Héros, j’aime prendre du recul, m’isoler pour mieux les contempler. Je dialogue avec eux. Je leur parle et ils me répondent. Nous communiquons. Les Héros n’ont pas d’identité propre. Ils fonctionnent comme un ensemble, comme un miroir. En réalité, je me parle à moi-même […]". Les Héros ne font appel ni à l’amitié, ni à la compassion. Ils se déplacent en meute, fiers, arrogants, secrets, indifférents à ce qui les entoure. Ils s’auto suffisent. Ce qui n’est pas sans rappeler l’attitude d’ORAS qu’il qualifie lui-même de "Splendid Isolation", en réaction à l’autorité régnante.

C’est pour qualifier les Sept Héros du Grand Paradoxe que l’expression "Mecano-Art" est née, en 1988. Il est toutefois difficile de mentionner avec précision qui en est l’auteur. Les journalistes ? ORAS ? Le seul élément certain est le contexte dans lequel ce terme est apparu.
 
Nous sommes en mars 1988. ORAS reçoit de l’Institut de Design anversois [Studiecentrum voor techniek en ingenieurswetenschappen] le premier prix honorifique de l’Oeuf d’Or [Tech-art primeurprijs], qui consacre les Sept Héros du Grand Paradoxe "œuvre de l’année". Lors de la cérémonie de remise de prix, ORAS prend la parole et insiste sur la force, l’élégance et le caractère mécanique des Héros. Le lendemain, toute la presse belge, écrite et audiovisuelle, fait l’écho de cet événement. L’art d’ORAS y est qualifié de "Mecano-Art".
 
La première mondiale des Sept Héros du Grand Paradoxe a lieu à Leffingen-Leuren, en septembre 1988, dans le cadre du Festival de Musique.
 
Compte tenu du succès de cette première mondiale, ORAS relève un pari insensé : recevoir de la Ville les autorisations nécessaires pour traverser avec les Héros le centre de Bruxelles, du Nord au Sud. Et ce, pas n’importe quand : la veille de la Saint Sylvestre, en pleine heure de pointe.
 
Pari gagné ! Le 30 décembre 1988, ORAS s’installe sur la Place Rogier où a lieu le montage des Héros. Le matin du 31, les Sept Héros du Grand Paradoxe sont positionnés et prêts pour le départ, prévu à midi pile. Point d’arrivée : la Place de la Monnaie, 12 heures plus tard. La parade des Héros a un impact colossal sur le trafic. Les automobilistes s’arrêtent, s’interrogent, questionnent, observent. "D’où viennent ces machines ?" demande un passant ébahi. "Visiblement du ciel !" répond un autre, abasourdi par ce spectacle peu banal. Le chaos est total ! Imperturbables, les Sept Héros du Grand Paradoxe continuent paisiblement leur migration, à raison de 35 secondes par pas de 800 millimètres. Un peu trop paisiblement d’ailleurs au goût de certains policiers sur place, impatients à l’idée de rejoindre leur famille et amis pour les festivités de la Saint Sylvestre. Peu avant minuit, ORAS décide, compte tenu du retard pris par les Héros, de modifier l’itinéraire initial et de terminer la parade sur la  Place de Brouckère. Il est minuit passé. Nous sommes le 1er janvier 1989. Quelques heures plus tard, toute la presse belge fera écho de cet événement exceptionnel.
 
Tout aussi exceptionnelle la rencontre fortuite d’ORAS avec un journaliste japonais. Le journaliste remarque les Sept Héros du Grand Paradoxe alors que l’autocar touristique dans lequel il voyage est à l’arrêt, suite aux problèmes de circulation. A la hâte, il demande à parler au "concepteur des machines", ORAS, auquel il donne sa carte de visite. De cette brève rencontre naîtra quelques mois plus tard l’exposition Mecano-Art sur la Grand Place de Bruxelles, dans le cadre de l’émission japonaise "East meets West".
 
La même année, ORAS expose les Sept Héros du Grand Paradoxe dans les Halles de Schaarbeek, à Bruxelles. L’événement est intitulé "Paradoxe Hal" et met en présence les Héros et l’artiste peintre Zazou. Le compositeur multi instrumentaliste luxembourgeois André Mergenthaler est également présent et donne à l’ensemble, via une musique lancinante et répétitive, un côté irréel.
 
Les invitations se succèdent : Paris [Fête du Forum, Forum des Halles], Luxembourg [Monumental performance live], Anvers [Capitale culturelle de l’Europe], etc. 

17/07/2004

GLORIA

 

ORAS est à Middelburg, pour la première mondiale de Phoenix, lorsqu’il commence à travailler aux dessins préparatoires de Gloria.
 
A l’origine de cette sculpture, une demande officielle de l’Openlucht museum voor beeldhouwkunst de Middelheim [Anvers]. Dans le cadre d’une exposition sur le thème de l’automobile, les responsables du Musée font appel à plusieurs artistes de renommée internationale et leur demandent de soumettre un projet artistique. ORAS conçoit Gloria, une cellule ovoïde habitable se déplaçant par balancement autour d'un axe imaginaire. Gloria est retenue par le jury de sélection.
 
Reste toutefois à l’artiste la responsabilité de trouver un sponsor. C’est Sidal Aluminium, usine située à Duffel (B), qui accepte de sponsoriser Gloria. En plus de fournir les matériaux de base, nécessaires à la construction de la sculpture, Sidal couvrira également les frais de cintrage des pièces d’aluminium.
 
Malgré le budget mis à disposition, ORAS se rend rapidement à l’évidence : celui-ci ne permettra pas de sous-traiter les travaux de soudure. Il décide alors d’apprendre, via une firme spécialisée, les techniques de soudure d’aluminium et de calibrage des pièces cintrées.
 
Pour des raisons pratiques liées au transport, Gloria est réalisée en pièces démontables [16 pièces au total].Terminée, la sculpture fait 4,50 mètres de haut, pour 4 mètres de long et 4 mètres de large. Son poids total approche 1200 kilos [hors batteries et moteurs]. Elle peut atteindre une vitesse de 6 kilomètres/heure.
 
Le vernissage de l’exposition a lieu à Middelheim en juillet 1985. Gloria est aboutie, et ce malgré des délais ultra courts. Deux mois au total. Pour respecter ces deadlines, ORAS travaille sur base d’un retro-planning strict, suivi à la lettre par chacun des cinq membres de l’équipe.
 
Gloria est présentée non motorisée, en tant qu’objet d’art. ORAS refuse d’exposer dans le parc, aux côtés des autres sculptures et exige que Gloria soit parquée dans la rue, entre les voitures. Une démarche [plutôt originale] qui s’inscrit clairement dans la lignée du Mass Moving et du Mass And Individual Moving.
 
Ce n’est qu’après l’exposition de Middelheim qu’ORAS débute les travaux de motorisation. Presque par hasard, il déniche deux moteurs électriques de Roll Royce à l’abandon [moteurs d'occasion de chacun 24 volts], qu’il fait tester dans un atelier spécialisé. Les
quatre batteries de traction [4 x 6 volts] sont achetées neuves.
 
Les premiers tests de stabilité et de balancement ont lieu dans l’atelier d’ORAS, rue Masui. L’assistant d’ORAS, Vincent Lambert, prend les commandes de Gloria tandis qu’ORAS surveille le bon fonctionnement des opérations. Le premier essai est concluant. Gloria parcourt cinq mètres. Puis dix. Puis quinze. ORAS est rassuré et certain d’une chose : "Si Gloria peut faire 15 mètres, elle peut faire 1500 kilomètres".
 
La première mondiale de Gloria en tant que sculpture mobile a lieu à Leffingen-Leuren [Middelkerke], en septembre 1986. ORAS y est invité dans le cadre du Festival annuel de la Musique. Gloria est placée le long du canal. Au coucher du soleil, il est convenu que la sculpture se mette en mouvement et rejoigne la Grand place de l’église, située à un kilomètre de là. Le long du canal, une péniche [transformée en salle d’exposition] accompagne Gloria. Aux commandes de la cellule ovoïde : le pilote et le copilote, auxquels s’ajoute un ingénieur du son chargé d’enregistrer [dans le cadre de recherches universitaires sur les sons et musiques] les craquements de la sculpture en mouvement. A l’extérieur, parmi le public, ORAS "prêt à se jeter sous la sculpture à la moindre défaillance technique". Un baptême du feu réussit pour Gloria qui parcourt aisément la distance prévue.
 
Vient alors la troisième et dernière facette : l’animation. Gloria plait au grand public, incontestablement. C’est sans doute la sculpture d’ORAS la plus attractive. Son pouvoir de séduction provient de sa forme, rappelant les coquilles des mollusques marins primitifs. Mais également de son mode de déplacement, par balancement, basé sur un savant jeu d’équilibres et de déséquilibres. La cellule ovoïde est placée entre deux roues alimentées par deux moteurs indépendants. Les batteries, placées sous la cellule, font office de ballaste [250 kilos]. Le succès de Gloria dépend également en grande partie des qualités du pilote. Un système de doubles colonnes poussoir permet de diriger la sculpture de l’intérieur, par l’alimentation successive ou simultanée des deux moteurs électriques.
 
L’été 1986, la ville de Rotterdam invite ORAS dans le cadre du Festival voor Hedendaagse Kunst. A partir de midi, Gloria parade dans les rues de Rotterdam, au beau milieu du trafic, en pleine heure d’affluence. Idem le soir, dans le quartier à la mode, très fréquenté. Le succès auprès du public est immédiat. La même nuit, des vandales mettent le feu à la sculpture. Les dégâts s’élèvent à 10.000 euro.
 
Trois ans plus tard, en 1989, la télévision japonaise invite ORAS à exposer au Japon, dans le cadre de l’émission japonaise "How much for the whole world". Le budget pour transporter les trois sculptures [Gloria, Phoenix et Les Héros du Grand Paradoxe] est colossal. ORAS pense alors à la Grand Place de Bruxelles et parvient à convaincre l’échevin de la culture. Avec l’accord du commissaire de police, Gloria est présentée sur la place mythique. Le succès est énorme, aussi bien auprès du public que de la presse.
 
En 1990, à Tournai, Gloria est intégrée pour la première fois dans un spectacle scénarisé, organisé dans le cadre de la Nuit des Intrigues.
 
La même année, ORAS est invité à Vlissingen. Très vite, l’ère du festival l’ennuie et il décide de quitter l’espace d’exposition et de déambuler avec Gloria dans les rues de la ville, sans autorisation officielle et au nez de la police.
 
Gloria est, par la suite, exposée à de nombreuses reprises lors d’événements culturels et/ou artistiques : Reis naar een Nieuwe Tijdperk [Middelkerke - 1998], Millenium [Roeselare - 2000], Parade [Nanterre - 2000], Outlet Shopping [Maasmechelen - 2002], Fête de village [Mesnil L’Eglise - 2002], …
 
De par sa mobilité, son design soigné et son caractère monumental, Gloria peut être considérée comme la première Mecano-Sculpture. Il faudra toutefois attendre 1989 et les Sept Héros du Grand Paradoxe pour que l’expression "Mecano-Art" apparaisse officiellement dans la presse […] 
 
Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Vincent Lambert, Xavier Looze, Serge Nicolas, Frans Pans, Bilou et Roland Van Cauwenberg.

16/06/2004

PHOENIX

 

Avec Phoenix, ORAS ne vise plus seulement les poètes mais s’adresse également aux plasticiens. A l’origine de ce projet, une loi mécanique selon laquelle "une masse en mouvement a la particularité de produire un travail grâce à sa vitesse". Le résultat : une sculpture en bois lamellé, de deux tonnes et demi, destinée à la frappe de médaillons grand format [330 x 330 mm] dans des métaux nobles comme l’argent, l’or ou le cuivre.
 
Les études et dessins préparatoires pour Phoenix dureront deux ans, de 1982 à 1983. Deux années durant lesquelles ORAS consultera de nombreux livres d’atelier relatifs au principe de la roue dentée. Car cette fois, ce n’est plus l’énergie éolienne ou solaire qui est mise en œuvre, mais bien la force humaine.
 
Autre problème auquel est confronté pour la première fois ORAS : le manque d’espace. Il décide donc de réaliser au préalable un dessin en taille réelle [échelle 1 sur 1], comme le font les constructeurs automobiles. Pour ce faire, il construit une table à dessin de 10 sur 3 mètres qu’il entrepose dans son atelier, rue Philippe de Champagne. Ce n’est qu’une fois le dessin terminé que chacune des pièces pourra être fabriquée indépendamment… pour être par la suite assemblées dans un atelier plus spacieux.
 
Au final, Phoenix mesurera 6 mètres de haut sur 11 mètres de long et 4,5 mètres de large. Pour un poids total de 2500 kilos. Un label en bas-relief, créé spécialement, est appliqué sur la sculpture. Il représente l’Oiseau Benu [déjà présent dans le premier manifeste du Mass And Individual Moving]. Egalement apposé sur le marteau, l’intitulé Mass And Individual Moving, traduit en latin [Massarum Atque Individuorum Motus]. L’ensemble des médaillons frappés portera le nom de Phoenix Works.
 
La première mondiale de Phoenix a lieu à Middelburg, en 1984, dans la cour intérieure de la Bibliothèque Provinciale transformée pour l’occasion en espace d’exposition. Phoenix impressionne par ses dimensions, par la perfection de ses lignes et par l’équilibre, la force qui émane de l’ensemble. La sculpture n’est pas encore jaune mais bien grise, poncée à l’eau durant plusieurs semaines jusqu’à atteindre un très bel effet "poli miroir".
 
Le premier médaillon frappé représente l’empreinte du sol sur lequel repose l’enclume. Cette empreinte est frappée deux fois : une première fois sur une fine feuille d’aluminium. Une seconde, sur une épaisse couche de kaolin. Le médaillon en aluminium est reproduit à plusieurs exemplaires et distribué aux passants.
 
Cette idée d’empreinte, initiée par l’artiste hollandais Nico Van Boezem, inspire ORAS qui multiplie les expériences. En 1989, il frappe l’empreinte du kilomètre zéro, pierre située dans la cour intérieure de l’Hôtel de Ville de Bruxelles. 
 
En 1998, ORAS est invité dans le cadre de la foire Flanders Technology [Gent] à frapper sur place le logo de l’événement représentant une poignée de main entre un homme et un androïde.
 
Du 1er au 31 janvier 2000, à Roeselare, ORAS frappe aléatoirement sur du cuivre rouge les trente pièces du puzzle "Reis naar een Nieuwe Tijdperk" [230 mm x 230 mm]. Une fois assemblées, ces trente pièces forment un panneau [1380 mm x 1150 mm] représentant le mouvement de la terre et du soleil et symbolisant la mécanique céleste. L’adresse géographique de Roeselare immortalise l’événement : 50° 57’ N 3° 7’ E.
 
Comme toutes les sculptures précédentes, Phoenix reflète les préoccupations de l’artiste. Cette fois, plus encore que pour Pioneer, c’est la précision du mécanisme, le design soigné et le caractère monumental qui priment […]
 
Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Vincent Lambert, Xavier Looze, Serge Nicolas, Jean-Claude Desclin, Frans Pans, Pol De Zwijger et Roland Van Cauwenberg.

24/05/2004

PIONEER

 

En 1976, ORAS conçoit son premier Monument itinérant : Les Editions de la Tempête, un moulin à vent destiné à l’impression de poèmes sur du papier fait main.

Quatre années plus tard, il confirme son intérêt pour les procédés d’impression, les techniques de reproduction et les énergies douces en construisant Pioneer, une machine à imprimer fonctionnant à l’énergie solaire. 

Le conseillent dans cette entreprise : Xavier Looze, ingénieur électricien ainsi que le département ESAT Electro-technique de l’Université Catholique de Louvain qui lui fournira par ailleurs gracieusement les deux panneaux photovoltaïques de 4 mètres carré nécessaires à l’alimentation du moteur électrique.

Réalisé entièrement en bois, Pioneer est destiné à l’impression de slogans poétiques sur des feuilles de papier grand format (1,20 x 2,40 mètres). Son nom fait référence à la sonde lancée par la NASA début des années septante et destinée à être le premier engin fabriqué par l’Homme à sortir du système solaire. Plus encore que les œuvres précédentes, Pioneer annonce très clairement le Mecano-Art de par la complexité de son mécanisme, son design soigné et son caractère monumental (350 kilos).

Une police de caractère inédite est parallèlement conçue par ORAS pour l’impression de ces slogans poétiques. Parmi ceux-ci : Nulla est verae creationi Patria [La véritable création est apatride], le premier slogan imprimé grâce à Pioneer et exposé en guise de manifeste lors de chaque action.

La première mondiale de Pioneer a lieu à Anvers, le vendredi 8 mai 1981, à l’initiative de l’Internationaal Cultureel Centrum [ICC Antwerpen]. Dix poètes sont invités et dix slogans poétiques imprimés sur place grâce à l’énergie solaire : Paul DeVree, Patrick Conrad, Herman Hobbit, Eddy Van Vliet, Marcel Van Maele, Gust Gils, Rudy De Rybel, Nic Van Brugge et Raphaël August Opstaele. Signés par leurs auteurs et contre signés par ORAS, ces slogans sont ensuite exposés dans les rues de la ville.

De 1981 à 1983, Pioneer connaît un succès grandissant. Les invitations dans le cadre d’événements artistiques, littéraires et culturels se succèdent :

• Amsterdam - De brakke grond - Vlaams Cultureel Centrum (Mai 1981) - Bert Popelier, Frank De Crits, Eddy Van Vliet, Nic Van Brugge, Patrick Conrad, Freddie Smeekens, Marcel Van Maele, Luuk Gruwez, Patricia Lasoen, Mark Insingel, Willem Roggeman et Raphaël August Opstaele.

• Hollande - Osdorp - Exposition ‘Kunst & Kitsch’ (1981)

• Hollande - Middelburg - Festival ‘Niewe Muziek’ (Juin 1981) - Kei Takei, Maarten Altena, Weizer, Nico Van Den Boezem, Wim Buys, Bernard Mache, Schaffer et Raphaël August Opstaele.

• Hollande - Utrecht - Nuit de la poésie (Février 1982) - Bert Popelier, Marcel Wauters, Roobjee, Heleen Hildering, James Bordello, Jean Pierre Rawie, Gust Gils, Thomas Rap, J.A.Deelder, Jonny Van Doorn, Lizzy Clara May, Clara Haesaert, Bart Chabot, Drs. P. Bernlef, Marcel Van Maele, Herman De Coninck, Freddy De Vree, Chris Yperman et Frank De Crits.

• Allemagne - Hamburg - Evénement littéraire  ‘Literatrubel’ (1983)

• France - Arles  - Festival ‘Images’ (1983)

• Hollande - Bergen - Kunstenaarscentrum (1983)

En janvier 1982, ORAS invite quatre membres du Mass And Individual Moving [Jean-Claude Desclin, Barbara Hahn, Robby Bierens et Marcus Gunti] ainsi que le poète flamand Marcel Van Maele à participer à une expédition peu banale : direction le pré désert saharien [plus précisément Mechra-Ben-Abou] par la route Tanger-Meknès, Meknès-Azrou, Azrou-Marrakech afin d’y imprimer une série de slogans poétiques. Pioneer est transporté à l’aide d’une remorque. Malgré quelques démêlés avec la police militaire marocaine, dix éditions bibliophiles comportant chacune 10 slogans poétiques sont créés et imprimées sur place. Chacune d’elles sera numérotée de 1 à 10, signée par Marcel Van Maele et contre signée par ORAS.

Pendant ce temps, un autre Monument itinérant prend forme dans l’atelier d’ORAS : Phoenix […]

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Jean-Claude Desclin et Xavier Looze.

04/05/2004

PLATO


 

Par le biais d’une affiche annonçant le projet Disaster Simulation - Fade Away, ORAS fait en 1977 la rencontre fortuite de Bert Camstra, alors Directeur de la section Computergestuurd onderwijs de l’Université d’Amsterdam. L’impulsion est donnée. Ils décident de simuler une nouvelle explosion atomique, cette fois de manière virtuelle, via le système informatique Plato (ancêtre de l’Internet). La consultation s’effectue via des terminaux à écrans noirs.
 
Ainsi, le 3 novembre 1978, moins d’un an après Disaster Simulation - Fade Away, ORAS présente Plato: You are invited to take part in a worldwide computer communication event * This simulation of a real disaster is a monument.
It’s a work of Art * Please do not touch your keyboard, simulation runs by itself * After the simulation, you can share in a world wide computer conversation * It’s Apocalypse time.
 
Si Disaster Simulation - Fade Away a une portée principalement locale, Plato prend plutôt la forme d’un happening à l’échelle mondiale.
 
L’originalité provient également de la possibilité pour les utilisateurs du système Plato de re-créer à posteriori l’événement, stocké en mémoire.
 
L’événement, réalisé en commémoration de l’explosion atomique de Nagasaki, est suivi d’un échange d’idées entre les utilisateurs de Plato (originellement, réseau universitaire).
 
Ces confrontations ainsi que d’autres documents viennent compléter la simulation virtuelle.
L’ensemble se veut une "leçon sur un exemple d’art conceptuel" mais également une oeuvre d’art, au même titre que Disaster Simulation - Fade Away […]

Conception : Raphaël August Opstaele et Bert Camstra.

Programmation et réalisation: Peter Mattijsen et Markus Van Dijk.

Avec la participation de : Willem Van Der Avoird, Herman Claeys, Pierre Gonay, Barbara Hahn, Johan Opstaele, Joke Stoop et Anneli Stunnenberg.

14/04/2004

DISASTER


 

En 1976, ORAS conçoit et réalise une série de cinq Monuments radioactifs, symbolisant notre époque et ses dangers. En confiant ces Monuments à la population, ORAS invite les citoyens à surveiller eux-mêmes les risques liés au rayonnement.
 
Une année plus tard, dans le cadre de l’Année Rubens (Anvers), ORAS va un pas plus loin et émet l’idée de simuler une explosion atomique. Le nom donné à cette sixième œuvre radioactive est Disaster Simulation. Intitulé auquel sera ajouté par la suite Fade Away, en référence à la ténacité avec laquelle les particules radioactives imprègnent progressivement tout ce qui entoure une explosion nucléaire, à des centaines de kilomètres à la ronde.
 
ORAS décide alors de prendre contact avec la firme anversoise Eug. Hendrickx, spécialisée en pyrotechnie : "Pourriez-vous me faire une simulation de bombe atomique ?". A son plus grand étonnement, le responsable de la firme répond par la positive et invite ORAS pour une démonstration in situ. Celui-ci insiste toutefois, dans son courrier du 1er février 1977, sur le fait que "puisqu’il s’agit d’une combustion rapide de quelques dizaines de kilos de poudre pyrotechnique, il faut impérativement prévoir une zone de sécurité d’un rayon de 300 à 500 mètres". Avec l’aide des autorités locales anversoises et de l’association sans but lucratif "Rubens 1977", ORAS trouve rapidement un endroit répondant aux normes de sécurité exigées.
 
Le 22 mars 1977, à 16.52, une colonne de fumée de 150 mètres de hauteur est produite par combustion rapide de poudre pyrotechnique, concrétisant ainsi le projet Disaster Simulation - Fade Away. La formation du champignon atomique est filmée à haute vitesse (afin de donner une impression de "slow motion" lors de la projection) et photographiée. La presse belge est présente, tout comme l’armée et la police secrète en civil.
 
Ces documents, ainsi qu’un rapport succinct de l’événement, sont envoyés à l’Institut d’Art Contemporain de Montréal (Canada) par le biais d’un grand quotidien anversois (Gazet van Antwerpen). Ils seront, le soir même, exposés dans le cadre de la manifestation culturelle internationale "03-23-03". Une exposition similaire sera également organisée à Anvers, dans le Centre International de l’Art (Internationaal Cultureel Centrum).
 
A travers le projet Disaster simulation, le message d’ORAS est multiple. De par l’aspect monumental de la colonne de fumée (150 mètres de haut), ORAS veut rendre hommage au caractère démesuré de l’œuvre de Rubens. ORAS voit par ailleurs dans cet événement artistique une réponse moderne au peintre baroque flamand. Il veut symboliser le temps qui s’est écoulé entre le début du 17ème siècle et l’époque moderne. Parce "qu’entre ORAS et Rubens, il n’y a qu’un pas". Enfin, pour ORAS, Disaster simulation constitue une mise en abîme de l’histoire. Comme l’ont fait avant lui de grands peintres, il s’accapare le passé et le fige, dans ce qu’il a de plus atroce et de plus affligeant.
 
Etrangement, en 2001, le site Internet présentant l’œuvre d’ORAS (et plus particulièrement les pages consacrées au projet Disaster simulation - Fade Away) connut un pic de consultation spectaculaire. Nous sommes au lendemain du 11 septembre ! Parmi les mots-clés les plus utilisés dans les moteurs de recherche : "Disaster". Un outil de statistiques permet par ailleurs à ORAS d’identifier les internautes ayant visité son site web. Parmi ceux-ci, le Département sécurité du gouvernement américain […]

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Luc Schuiten, Pierre Gonay et Johan Opstaele.

09/04/2004

SOUND


 

Un des projets réalisés par ORAS peu après la dissolution du collectif marque bien la continuité entre le Mass Moving et le Mass And Individual Moving.
 
Flash back : décembre 1974, dix-neuf membres du Mass Moving quittent Bruxelles en autocar à destination du Cameroun. C’est le 23 février 1975 que débute officiellement le projet Sound Stream, avec l’érection sur la plage de Nanga Ndjango (Kribi, Cameroun) de quatre orgues éoliens.
 
Quelques mois plus tard, cinq membres du Mass Moving, dont ORAS comme chef d'expédition, décident de rejoindre le cercle polaire (Stödi, Norvège) afin d’y placer le dernier maillon du Sound Stream.
 
Pour rappel, cette expédition vers le Grand Nord marquera la dislocation du Mass Moving ainsi que l’émergence du Mass And Individual Moving, en la personne d’ORAS.
 
C’est également dans le cadre du projet Sound Stream que fut érigé à Vlissingen, en 1975, le premier point d’orgue permanent, fixé au sol via une dalle de béton.
 
Une année après son érection, ce premier point d’orgue permanent est détruit lors d’une violente tempête. La ville se tourne alors vers ORAS qui accepte de reprendre le projet initié par le Mass Moving. Le 4 septembre 1976 est inauguré le premier Orgue éolien mondial.
 
Sept années plus tard, cet orgue sera à nouveau détruit (cette fois par des vandales) et remplacé le 3 juin 1983.
 
L’ensemble permanent érigé à Petten (Noord-Holland) en juillet 1990 - et démonté en novembre 2002 - s’inscrit dans la même logique d’Orgue éolien mondial.
 
A la différence de Vlissingen, Petten n’a pas participé au Sound Stream des années 70. Toutefois, la ville connaissait bien le concept pour avoir accueilli à trois reprises l’Orgue éolien itinérant.
 
En effet, parallèlement à l’Orgue éolien mondial, ORAS conçoit et réalise en 1978 un Orgue éolien itinérant, modulable. Comme son nom l’indique, l’Orgue éolien itinérant est exposé de manière ponctuelle et peut être très facilement monté ou démonté. Cet ensemble itinérant peut être qualifié "d’Orgue de troisième génération".
 
Depuis son inauguration en 1984 à Den Helder (Noord-Holland), l’Orgue éolien itinérant (dont il n’existe qu’un exemplaire) a été exposé à Aachen, Bonn, Anvers, Middelkerque, Leffinge, Paris, Vlissingen, Petten, Bergen aan Zee, Den Helder, … Le plus souvent, dans le cadre d’événements culturels tels que le "Festival des Vents" (La Défense, Paris, 1991) ou la Rétrospective "Reis naar een Nieuwe Tijdperk" (Middelkerque, Belgique, 1996). 
  
Actuellement, ORAS travaille à la conception d’un Orgue éolien de quatrième génération, réalisé entièrement en matériaux composites […]

01/04/2004

ECCEHOMO

 

En 1979, ORAS rencontre un chimiste avec lequel il discute longuement. De cet échange naîtra Ecce Homo. Un projet ambitieux consistant à créer artistiquement un individu de 70 kilos par l’amalgame de composants chimiques dans un réservoir transparent, sur lequel a été imprimé la composition du corps humain.

La première concrétisation de ce projet a lieu à Bruxelles, le jeudi 19 juillet 1979 (de 14.00 à 22.00). Sous la direction de chimistes, les membres du M.A.I.M. (Pierre Gonay, Luc Schuiten, Kees Sengers, Daniel Fastenakel et Barbara Hahn) procèdent solennellement au mélange des matières de base composant le corps humain.

Le rituel a lieu dans une enceinte en plastique transparent, gonflée par un ventilateur et accessible en se glissant sous la structure. Ce premier être de la famille Ecce Homo portera le nom de son lieu de création et sera baptisé Homo Bruxellensis MCM LXX IX. Tous les documents relatifs au projet Ecce Homo seront traduits en latin par l’intermédiaire d’un ami latiniste.

Parallèlement, ORAS place dans l’enceinte un livre en papier fait main sur lequel les passants peuvent déposer (après s’être glissés sous la structure transparente) une trace de leur sang, par humectage individuel. Cet ouvrage monumental, intitulé "Cellules" (40 x 50 cm), sera par la suite exposé dans un lieu de lecture permanent.

Il était initialement prévu que cette première création, Homo Bruxellensis MCM LXX IX, soit mise à l’abri et conservée pour la postérité dans un lieu sûr. Ce ne fut malheureusement pas le cas. ORAS retrouva un jour, dans son atelier de la rue Philippe de Champagne, le réservoir déchiré… et vidé de son contenu !

Outre l’Homo Bruxellensis, deux êtres supplémentaires furent créés à Stuttgart (le vendredi 5 octobre 1979, de 14.00 à 22.00) et à Turnhout (le vendredi 9 janvier 1981, de 18.00 à 22.00). ORAS les baptisa respectivement Homo Stuttgartiensis MCM LXX IX et Homo Turnholtanus MCM LXX IX.

A Turnhout, lors de la création du troisième et dernier membre de la famille Ecce Homo, douze personnes ayant signé le livre "Cellules" furent photographiées et se firent tirer les cartes du taro (sans interprétation).

De par sa nature sacrée, le projet Ecce Homo suscita de nombreuses réactions de la part du public. ORAS se vit par exemple confronter à la fureur d’un groupe de fondamentalistes chrétiens l’accusant de "vouloir prendre la place de Dieu" […]

ECCE HOMO
Avant-projet de mode opératoire

1) Verser dans le récipient des solutions à concentration appropriée d’hydroxyde de sodium, de potassium et de calcium. Parallèlement, montrer la réaction du sodium avec l’eau en utilisant de très petites quantités.

2) Porter la solution à 45,5 L à l’aide d’eau distillée. Un ballon d’hydrogène et un autre d’oxygène seraient simultanément présentés au public.

3) Ajouter le brome à l’aide d’une cuiller en bois. Mélanger les deux phases à l’aide d’un ou plusieurs agitateurs magnétiques jusqu’à homogénéisation (une seule phase). Ajouter ensuite le fluor puis le chlore en mélangeant bien. Une soupape de sécurité devra être prévue de même qu’un système d’évacuation des gaz toxiques. Procéder de même avec l’iode.

4) Après avoir bien mélangé (jusqu’à disparition complète des halogènes) ajouter le phosphore. Attention : utiliser du phosphore rouge, beaucoup moins réactif que le phosphore blanc.

5) Ajouter l’azote sous forme liquide. Ici encore une soupape de sécurité s’impose.

6) Ajouter les autres éléments avec prudence.

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Pierre Gonay, Frans Pans, Tomma Falcone, Markus Gunti, Jean-Claude Desclin, Johan Boonen et Herman Claeys.

20/03/2004

RADIOACTIF

 

En 1976, l’architecte Luc Schuiten, membre du Mass And Individual Moving, met sur pied un projet de maison écologique, OREJONA. ORAS collabore très étroitement à ce projet et lance en parallèle une série de Monuments radioactifs.

Le 8 mai 1976, les deux premières œuvres d'art radioactives sont placées à Bruxelles (Rond point Schuman, là où bat le cœur de la Communauté européenne) et au centre culturel de Turnhout. Il s’agit de deux cubes de béton (2x2x2 mètres) dont les parois sont frappées du sigle international de danger radioactif. Dans leur centre respectif repose un noyau constitué de Radium 226 / 2052 M. Curie.

Par le biais de ce projet, M.A.I.M veut attirer l’attention de l’opinion publique sur les dangers liés au traitement des déchets nucléaires. Le message véhiculé est clair : la population doit pouvoir veiller sur ce qui pourrait, un jour, constituer un danger.

Avec l’appui du Stedelijk Museum d’Amsterdam, un troisième Monument radioactif voit le jour le 21 juin 1976 sur le Leidseplein, dans le cadre de l‘Amsterdams Vliegerfeest. Cette fois, les parois du cube sont recouvertes de gazon. Le sigle de danger radioactif est dessiné à l’aide de roses artificielles dont le cœur est rendu fluorescent par l’utilisation de Tritium.

Le quatrième Monument radioactif prendra la forme d’un caveau creusé près du rempart Lucas Bolwerk et sera inauguré le 29 octobre 1976, dans le cadre des Lustrum-feesten de l’Université d’Utrecht.

Dans le même esprit, ORAS réalise, à la demande de l’artiste hollandais Marius Boezem, un Monument radioactif pour le projet "Podio del mondo per l’arte" [Podium mondial pour l’art], inauguré à Middelburg le 20 novembre 1976. Le Monument créé consiste en une dalle de béton armé d'un mètre carré, recouvert de granit poli. Le signe de la radioactivité est réalisé en cuivre. Sous cette dalle, repose une balle de ping-pong imprégnée de Tritium 450 M. Curie 3 H ainsi qu’un texte du poète flamand Marcel Van Maele "Bericht aan de bevolking" [Avis à la population - celle de l'an 2076 pour être plus précis] frappé sur une feuille de plomb.

Lors de cette inauguration, les archives de la Ville de Middelburg reçoivent une enveloppe scellée dans laquelle se trouvent les documents concernant la dalle ainsi que la correspondance d'ORAS au sujet de l'oeuvre. A cette enveloppe est joint un message de l'archiviste destiné à ses collègues du futur, les invitant à desceller officiellement l'enveloppe le 20 novembre 2076 et à organiser à cette occasion une grande fête populaire.

Encore aujourd’hui, les manifestations anti-nucléaires organisées à Middelburg partent de cette dalle symbolique, située sur la Graan Markt […]

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Pierre Gonay et Luc Schuiten.

15/03/2004

MAIM


 

Les Editions de la tempête est le premier Monument itinérant conçu par ORAS. D’autres suivront de 1976 à 1983… date à laquelle débutera la construction de la première Mecano-Sculpture.
 
En effet, durant les années qui succédèrent à la dissolution du Mass Moving, plusieurs projets furent initiés et menés de front : les Editions de la tempête, la série des Monuments radioactifs, l’Orgue éolien mondial, Disaster simulation - Fade Away, Plato, Ecce Homo et Pioneer. Par l’abondance et la diversité des initiatives, ORAS veut se prouver qu’il peut continuer seul l’aventure Mass Moving, indépendamment du collectif. Il construit jour après jour son propre univers et apprend à ne plus compter que sur lui-même.
 
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le manifeste du Mass And Individual Moving, envoyé par poste fin février 1976 (poster format Din A1), fait référence à Benu, l'oiseau sacré égyptien, symbole de régénération :
 
MASS AND INDIVIDUAL MOVING will be the new name.
POSTBUS 37 - 1000 BRUSSELS will be the new adress.
THE ERECTION OF MONUMENTS IN THE WORLD will be the new work.
THE PHOENIX BIRD will be the new lebel.

 
Nous sommes en 1976.
Pour ORAS, il n’y a pas une minute à perdre. Parallèlement aux Editions de la tempête, il travaille à l’élaboration de Monuments radioactifs […]

08/03/2004

KRINGLOOP

 

En 1976, ORAS conçoit son premier Monument itinérant.

Les Editions de la tempête, en parfaite adéquation avec les préoccupations écologiques de l’époque, est un moulin à vent (Kringloop) destiné à l’impression de poèmes sur du papier fait main, laissant apparaître une poignée de mains en filigrane.

C’est à Ostende, le 1er août 1978, que ce projet est présenté pour la première fois. Plusieurs poètes belges et étrangers acceptent de participer à l’événement, le plus souvent avec des créations originales : Erneste De Sousa, Kamagurka, Marcel Van Maele, Stefaan Ponette, Herman J. Claeys, Walter De Buck, Ludwig Alene, Wis Jacobs, Frank de Crits, Jean-Pierre Maes, Luc Schuiten et Paul Gonze.

Au terme de cette action, une édition bibliophile est constituée, rassemblant les documents imprimés sur place.

Entre 1978 et 1980, six éditions bibliophiles seront ainsi réalisées. Les Editions de la tempête sera par ailleurs présent lors de nombreux événements artistiques et/ou culturels :

Belgique
Ostende - Paulusfeesten - 1978
Gent - Centurm Stadsanimatie - 1978
Nieuwport - Cyclo Campus - 1979
Bankenberge -  Journal "de Morgen" - 1979
Heist - Humorfestival - 1980 
Liège - Journal "La Cité" - 1980
Opheylissem - 150 ans de la Belgique - 1980

Pays-Bas
Alkmaar - Centre culturel - 1989
Middelburg - Jeugd en Muziek - 1980
Vlissingen - Jeugd en Muziek - 1980

Allemagne
Stuttgart - Kunstler Kongress - 1980
Ingelheim Rhein - Ingelheimer Zeitung - 1980 [...]

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn et Jean-Claude Desclin.

01/03/2004

ORAS

 

RETOUR IMMEDIAT - MASS MOVING DISSOUT - ARCHIVE MATERIEL SOUS SEQUESTRE - DESTRUCTION DECIDEE - TELEPHONER BELGIQUE POUR DATE RETOUR.

En janvier 1976, ces mots marquent la dissolution du groupe événementiel Mass Moving et mettent un terme à sept années d’art participatif dans la rue.

C’est à ORAS, alors dans le grand Nord avec quatre autres Mass Movers afin de placer le dernier maillon du Sound Stream, qu’est adressé ce télégramme de rupture (réceptionné le 11 janvier 1976 au Lunds Konsthall de Stockholm). A l’origine de cet acte radical : des conflits d’autorité et de pouvoir au sein même du collectif. ORAS se voit reprocher son émergence en tant que leader.

Or, ce qui devait constituer une fin en soi s’avère pour ORAS une opportunité. En effet, un mois après la dissolution du Mass Moving, il publie le 9 février 1976 (jour de ses 44 ans) un manifeste annonçant la création du Mass And Individual Moving. A ses côtés, cinq personnes dont quelques anciens du Mass Moving : Luc Schuiten, Frans Weyler, Barbara Hahn, Claire Lamy et Johan Opstaele. Cette fois, on ne parle plus de collectif mais d’association. ORAS introduit par ailleurs la notion de "responsabilité individuelle".

Bien entendu le Mass And Individual Moving s’inscrit dans la continuité du Mass Moving, de par l’importance accordée à la rue. ORAS donne toutefois au mouvement une orientation radicalement différente. En effet, alors que le Mass Moving mêlait la performance, le happening, l’art, la politique et le social, le Mass And Individual Moving se recentre plus sur la démarche artistique. ORAS délaisse son rôle d’agitateur, de contestataire et revendique celui d’artiste. Dans le même ordre d’idée, il parle de projets et non plus d’actions.

C’est également avec la création du Mass And Individual Moving qu’apparaît pour la première fois le concept de Monuments itinérants. ORAS en a assez des initiatives éphémères, des actions spontanées, des interventions sauvages. Il veut endosser ses responsabilités d’artiste […]