14/04/2004

DISASTER


 

En 1976, ORAS conçoit et réalise une série de cinq Monuments radioactifs, symbolisant notre époque et ses dangers. En confiant ces Monuments à la population, ORAS invite les citoyens à surveiller eux-mêmes les risques liés au rayonnement.
 
Une année plus tard, dans le cadre de l’Année Rubens (Anvers), ORAS va un pas plus loin et émet l’idée de simuler une explosion atomique. Le nom donné à cette sixième œuvre radioactive est Disaster Simulation. Intitulé auquel sera ajouté par la suite Fade Away, en référence à la ténacité avec laquelle les particules radioactives imprègnent progressivement tout ce qui entoure une explosion nucléaire, à des centaines de kilomètres à la ronde.
 
ORAS décide alors de prendre contact avec la firme anversoise Eug. Hendrickx, spécialisée en pyrotechnie : "Pourriez-vous me faire une simulation de bombe atomique ?". A son plus grand étonnement, le responsable de la firme répond par la positive et invite ORAS pour une démonstration in situ. Celui-ci insiste toutefois, dans son courrier du 1er février 1977, sur le fait que "puisqu’il s’agit d’une combustion rapide de quelques dizaines de kilos de poudre pyrotechnique, il faut impérativement prévoir une zone de sécurité d’un rayon de 300 à 500 mètres". Avec l’aide des autorités locales anversoises et de l’association sans but lucratif "Rubens 1977", ORAS trouve rapidement un endroit répondant aux normes de sécurité exigées.
 
Le 22 mars 1977, à 16.52, une colonne de fumée de 150 mètres de hauteur est produite par combustion rapide de poudre pyrotechnique, concrétisant ainsi le projet Disaster Simulation - Fade Away. La formation du champignon atomique est filmée à haute vitesse (afin de donner une impression de "slow motion" lors de la projection) et photographiée. La presse belge est présente, tout comme l’armée et la police secrète en civil.
 
Ces documents, ainsi qu’un rapport succinct de l’événement, sont envoyés à l’Institut d’Art Contemporain de Montréal (Canada) par le biais d’un grand quotidien anversois (Gazet van Antwerpen). Ils seront, le soir même, exposés dans le cadre de la manifestation culturelle internationale "03-23-03". Une exposition similaire sera également organisée à Anvers, dans le Centre International de l’Art (Internationaal Cultureel Centrum).
 
A travers le projet Disaster simulation, le message d’ORAS est multiple. De par l’aspect monumental de la colonne de fumée (150 mètres de haut), ORAS veut rendre hommage au caractère démesuré de l’œuvre de Rubens. ORAS voit par ailleurs dans cet événement artistique une réponse moderne au peintre baroque flamand. Il veut symboliser le temps qui s’est écoulé entre le début du 17ème siècle et l’époque moderne. Parce "qu’entre ORAS et Rubens, il n’y a qu’un pas". Enfin, pour ORAS, Disaster simulation constitue une mise en abîme de l’histoire. Comme l’ont fait avant lui de grands peintres, il s’accapare le passé et le fige, dans ce qu’il a de plus atroce et de plus affligeant.
 
Etrangement, en 2001, le site Internet présentant l’œuvre d’ORAS (et plus particulièrement les pages consacrées au projet Disaster simulation - Fade Away) connut un pic de consultation spectaculaire. Nous sommes au lendemain du 11 septembre ! Parmi les mots-clés les plus utilisés dans les moteurs de recherche : "Disaster". Un outil de statistiques permet par ailleurs à ORAS d’identifier les internautes ayant visité son site web. Parmi ceux-ci, le Département sécurité du gouvernement américain […]

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Luc Schuiten, Pierre Gonay et Johan Opstaele.

09/04/2004

SOUND


 

Un des projets réalisés par ORAS peu après la dissolution du collectif marque bien la continuité entre le Mass Moving et le Mass And Individual Moving.
 
Flash back : décembre 1974, dix-neuf membres du Mass Moving quittent Bruxelles en autocar à destination du Cameroun. C’est le 23 février 1975 que débute officiellement le projet Sound Stream, avec l’érection sur la plage de Nanga Ndjango (Kribi, Cameroun) de quatre orgues éoliens.
 
Quelques mois plus tard, cinq membres du Mass Moving, dont ORAS comme chef d'expédition, décident de rejoindre le cercle polaire (Stödi, Norvège) afin d’y placer le dernier maillon du Sound Stream.
 
Pour rappel, cette expédition vers le Grand Nord marquera la dislocation du Mass Moving ainsi que l’émergence du Mass And Individual Moving, en la personne d’ORAS.
 
C’est également dans le cadre du projet Sound Stream que fut érigé à Vlissingen, en 1975, le premier point d’orgue permanent, fixé au sol via une dalle de béton.
 
Une année après son érection, ce premier point d’orgue permanent est détruit lors d’une violente tempête. La ville se tourne alors vers ORAS qui accepte de reprendre le projet initié par le Mass Moving. Le 4 septembre 1976 est inauguré le premier Orgue éolien mondial.
 
Sept années plus tard, cet orgue sera à nouveau détruit (cette fois par des vandales) et remplacé le 3 juin 1983.
 
L’ensemble permanent érigé à Petten (Noord-Holland) en juillet 1990 - et démonté en novembre 2002 - s’inscrit dans la même logique d’Orgue éolien mondial.
 
A la différence de Vlissingen, Petten n’a pas participé au Sound Stream des années 70. Toutefois, la ville connaissait bien le concept pour avoir accueilli à trois reprises l’Orgue éolien itinérant.
 
En effet, parallèlement à l’Orgue éolien mondial, ORAS conçoit et réalise en 1978 un Orgue éolien itinérant, modulable. Comme son nom l’indique, l’Orgue éolien itinérant est exposé de manière ponctuelle et peut être très facilement monté ou démonté. Cet ensemble itinérant peut être qualifié "d’Orgue de troisième génération".
 
Depuis son inauguration en 1984 à Den Helder (Noord-Holland), l’Orgue éolien itinérant (dont il n’existe qu’un exemplaire) a été exposé à Aachen, Bonn, Anvers, Middelkerque, Leffinge, Paris, Vlissingen, Petten, Bergen aan Zee, Den Helder, … Le plus souvent, dans le cadre d’événements culturels tels que le "Festival des Vents" (La Défense, Paris, 1991) ou la Rétrospective "Reis naar een Nieuwe Tijdperk" (Middelkerque, Belgique, 1996). 
  
Actuellement, ORAS travaille à la conception d’un Orgue éolien de quatrième génération, réalisé entièrement en matériaux composites […]

01/04/2004

ECCEHOMO

 

En 1979, ORAS rencontre un chimiste avec lequel il discute longuement. De cet échange naîtra Ecce Homo. Un projet ambitieux consistant à créer artistiquement un individu de 70 kilos par l’amalgame de composants chimiques dans un réservoir transparent, sur lequel a été imprimé la composition du corps humain.

La première concrétisation de ce projet a lieu à Bruxelles, le jeudi 19 juillet 1979 (de 14.00 à 22.00). Sous la direction de chimistes, les membres du M.A.I.M. (Pierre Gonay, Luc Schuiten, Kees Sengers, Daniel Fastenakel et Barbara Hahn) procèdent solennellement au mélange des matières de base composant le corps humain.

Le rituel a lieu dans une enceinte en plastique transparent, gonflée par un ventilateur et accessible en se glissant sous la structure. Ce premier être de la famille Ecce Homo portera le nom de son lieu de création et sera baptisé Homo Bruxellensis MCM LXX IX. Tous les documents relatifs au projet Ecce Homo seront traduits en latin par l’intermédiaire d’un ami latiniste.

Parallèlement, ORAS place dans l’enceinte un livre en papier fait main sur lequel les passants peuvent déposer (après s’être glissés sous la structure transparente) une trace de leur sang, par humectage individuel. Cet ouvrage monumental, intitulé "Cellules" (40 x 50 cm), sera par la suite exposé dans un lieu de lecture permanent.

Il était initialement prévu que cette première création, Homo Bruxellensis MCM LXX IX, soit mise à l’abri et conservée pour la postérité dans un lieu sûr. Ce ne fut malheureusement pas le cas. ORAS retrouva un jour, dans son atelier de la rue Philippe de Champagne, le réservoir déchiré… et vidé de son contenu !

Outre l’Homo Bruxellensis, deux êtres supplémentaires furent créés à Stuttgart (le vendredi 5 octobre 1979, de 14.00 à 22.00) et à Turnhout (le vendredi 9 janvier 1981, de 18.00 à 22.00). ORAS les baptisa respectivement Homo Stuttgartiensis MCM LXX IX et Homo Turnholtanus MCM LXX IX.

A Turnhout, lors de la création du troisième et dernier membre de la famille Ecce Homo, douze personnes ayant signé le livre "Cellules" furent photographiées et se firent tirer les cartes du taro (sans interprétation).

De par sa nature sacrée, le projet Ecce Homo suscita de nombreuses réactions de la part du public. ORAS se vit par exemple confronter à la fureur d’un groupe de fondamentalistes chrétiens l’accusant de "vouloir prendre la place de Dieu" […]

ECCE HOMO
Avant-projet de mode opératoire

1) Verser dans le récipient des solutions à concentration appropriée d’hydroxyde de sodium, de potassium et de calcium. Parallèlement, montrer la réaction du sodium avec l’eau en utilisant de très petites quantités.

2) Porter la solution à 45,5 L à l’aide d’eau distillée. Un ballon d’hydrogène et un autre d’oxygène seraient simultanément présentés au public.

3) Ajouter le brome à l’aide d’une cuiller en bois. Mélanger les deux phases à l’aide d’un ou plusieurs agitateurs magnétiques jusqu’à homogénéisation (une seule phase). Ajouter ensuite le fluor puis le chlore en mélangeant bien. Une soupape de sécurité devra être prévue de même qu’un système d’évacuation des gaz toxiques. Procéder de même avec l’iode.

4) Après avoir bien mélangé (jusqu’à disparition complète des halogènes) ajouter le phosphore. Attention : utiliser du phosphore rouge, beaucoup moins réactif que le phosphore blanc.

5) Ajouter l’azote sous forme liquide. Ici encore une soupape de sécurité s’impose.

6) Ajouter les autres éléments avec prudence.

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Pierre Gonay, Frans Pans, Tomma Falcone, Markus Gunti, Jean-Claude Desclin, Johan Boonen et Herman Claeys.