13/09/2004

MECANO-ART

 

"Impressionnisme", "Cubisme", "Surréalisme", "Ready-made", "Pop-Art", "Expressionnisme abstrait", … Qu’ont en commun tous ces mouvements artistiques ? En quoi ont-ils marqué l’histoire de l’Art ? Facile ! Leurs initiateurs, réactionnaires pour la plupart, sont tous à l’origine d’une rupture radicale. Tous ont rejeté l’establishment, ont transgressé les règles artistiques alors en vigueur.
 
En 1985, ORAS conçoit et réalise les Sept Héros du Grand Paradoxe. On parle pour la première fois de "Mecano-Art". A lui seul, cet intitulé s’érige contre la tendance artistique de l’époque, à savoir la dématérialisation. N’est-il pas hardi de concevoir sept sculptures monumentales en mouvement alors que tous prônent le principe de conceptualisation. Fin des années 90, c’est la démarche qui prime… plus que le résultat. On assiste à l’émergence "d’artistes théoriciens". Les œuvres n’existent plus que par les théories qu’elles illustrent.
 
Et pourtant, malgré cette inadéquation entre le "Mecano-Art" et la tendance artistique de l’époque, ORAS s’acharne. Toujours plus grand. Toujours plus haut. Par esprit de contradiction [contestation ?] peut-être mais d’abord et avant tout par conviction personnelle. Parce que le Mecano-Art est "le reflet de sa manière de vivre au quotidien". Pour ORAS, tout est mécanique : la pensée, le dialogue, l’écriture, les relations, … "Dans la vie, il suffit d’assembler les bonnes pièces et d’utiliser les bonnes courroies de transmission."
 
Avec les Sept Héros du Grand Paradoxe, la mécanique revêt toutefois une dimension supplémentaire. Là aussi, ORAS va à l’encontre de tout ce qui est acquis. Depuis la nuit des temps, les hommes ont inventé des machines dans un seul et même but : produire, de préférence le plus vite et le plus efficacement possible. ORAS, lui, crée des machines qui n’ont aucune utilité en soi. Pire : il conçoit des machines dont l’une des particularités est de se déplacer par pas… lentement !
 
Compte tenu des éléments cités plus haut, on comprend mieux le caractère "héroïque" et "paradoxal" de ces premières Mecano-Sculptures. Notons par ailleurs qu’il arrivera à ORAS [a posteriori]  de se montrer mitigé par rapport à l’intitulé "Mecano-Art". Car "si il aide le public à appréhender son œuvre, il est réducteur et l’empêche souvent de réfléchir plus loin, d’aller à l’essentiel".
 
En 1985, cette série de sept sculptures identiques est l’aboutissement de plusieurs années de réflexion. Rappelez-vous : tout a commencé avec le LEM, première machine à imprimer conçue par ORAS vingt ans plus tôt. A suivi, en 1977, Les Editions de la tempête… un moulin à vent destiné à l’impression de poèmes sur du papier fait main. Suit Pioneer, une machine à imprimer fonctionnant à l’énergie solaire. Puis Phoenix, destinée à la frappe de médaillons grand format. Et enfin Gloria, une cellule ovoïde habitable se déplaçant par balancement autour de son axe.
 
Toutes ces machines illustrent clairement l’intérêt d’ORAS pour le design, le caractère monumental et la mécanique. Toutefois, contrairement aux Héros, elles produisent toutes quelque chose, dans la continuité des happenings et de la démarche du Mass Moving. Avec les Sept Héros du Grand Paradoxe, ORAS va un pas plus loin : concevoir et réaliser des sculptures [et non plus des machines !] qui ne font plus rien, si ce n’est exister.
 
Nous sommes en 1985. Les Sept Héros du Grand Paradoxe amorcent le début d’une nouvelle ère […]

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