14/02/2005

GENERATION SPONTANEE

 

Début des années 90, un événement tragique marque ORAS et influence l’évolution du Mecano-Art. Son assistant, qu’il considère comme son fils, fait une tentative de suicide. Il a alors 21 ans et travaille aux côtés d’ORAS depuis ses 18 ans.
 
L’impression d’ORAS est celle d’un double échec : pourquoi n’a-t-il rien remarqué d’anormal chez son assistant ? Pourquoi celui-ci, malgré leur complicité, ne lui a-t-il pas parlé de son mal-être ?
 
Cet incident fait naître chez ORAS une introspection profonde. Il ressent le besoin de faire parler la spiritualité des choses, d’aller au-delà de la mécanique. L’âme seule le préoccupe. Il s’inspire alors d’un objet centenaire, offert par la mère de cet assistant, plusieurs années auparavant : un miroir aux alouettes. Un objet qui fascine et inspire ORAS depuis toujours : "J’ai toujours su au plus profond de moi-même qu’un jour je ferai quelque chose de cet objet".
 
A posteriori, ORAS parlera de "convergence" pour définir cette période charnière : "A mon insu, il y eu une convergence d’influences, de vibrations, de lignes de force qui provoquèrent chez moi une prise conscience, un retour sur moi-même en tant qu’individu. C’est là tout le côté mystique de la création."
 
Dans un premier temps, ORAS analyse en détails les proportions du miroir aux alouettes. Il réalise ensuite un dessin destiné à la fabrication des prototypes [1 mètre de large sur 50 cm de haut sur 25 cm de profondeur]. Les trois prototypes sont réalisés en usine, à partir de blocs en polyuréthane de 2 mètres de large sur 1 mètre de haut et 50 cm de profondeur. La découpe par fil d’acier chauffé est guidée par ordinateur, sur base des dessins fournis par ORAS. Une fois les trois prototypes réalisés, ORAS entame le dessin taille réelle [2 mètres de large sur 1 mètre de haut et 50 cm de profondeur]. Ce dessin 1/1, qui servira à la découpe des 14 pièces définitives, sera par la suite annoté/signé par ORAS et envoyé par poste à son assistant.
 
A cet ensemble de 13 pièces [qualifiées d’oiseaux], ORAS donne le nom de "Génération spontanée" en référence aux croyances antiques selon lesquelles la vie naîtrait spontanément, dans les eaux stagnantes. De par cet intitulé, ORAS exprime son attachement à la recherche de la spiritualité.
 
"Génération spontanée" est exposée pour la première fois à Luxembourg, en 1995, dans le cadre de Luxembourg, Capitale Culturelle de l’Europe. Les 13 oiseaux [13, chiffres porte-malheur] sont peints en blanc et disposés sur un tapis d’eau, recouvert de pétales de roses. Chaque pièce est placée sur un socle "négatif" [réalisé à partir des blocs initiaux après découpe] et tourne lentement sur elle-même. Sur chaque oiseau, ORAS a peint des lèvres rouges ainsi que deux yeux réalistes.
 
Par la suite, ORAS testera différentes manières de représenter les yeux : non figuratifs, en or, blanc en relief, … Cette recherche perpétuelle s’appliquera d’ailleurs à l’entièreté de l’œuvre [nombre, disposition, matière,  couleur, …]. Un jour, ORAS ira même jusqu’à poser un soleil en or massif dans le creux de l’épaule d’un des oiseaux, comme symbole d’espoir. Pour ORAS, "il y a quelque chose d’insaisissable dans Génération spontanée". Et d’ajouter : "A chaque fois que je suis face à cet ensemble, de nouvelles idées jaillissent. C’est comme si je pouvais aller partout et nulle part à la fois. Comme si je tentais, en vain, de percer le mystère de la vie et de la mort".
 
Toujours dans ce même esprit d’expérimentation, 3 des 13 pièces ont été momifiées par ORAS à l’aide de toile de jute et sont toujours aujourd’hui exposées sur sa terrasse, au grand air.
 
Indéniablement, cette réalisation est bien différente des Mecano-Sculptures précédentes. Dans "Génération spontanée", c’est l’âme qui compte… plus que la mécanique. Ce que créé ORAS en 1987, ce sont treize fantômes de l’esprit. Etrangement, cette œuvre complexe [en ce qui concerne le processus de création] est peut-être la plus facilement assimilable par le public. Quoi qu’il en soit, elle amorce incontestablement dans l’œuvre d’ORAS un recentrage sur l’être en tant qu’individu spirituel.
 

Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Romica Murareanu, Barbara Hahn.

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