29/05/2006

TERRA NOVA

 

Terra Nova, à 70 jours du 3ème millénaire 
Interview archive (Samedi 23 octobre 99)

Lieu : Atelier de Landen
Contexte : Propos recueillis entre 14h00 et 16h00, tandis que Raphaël August Opstaele fait fonctionner pour la première fois Terra Nova, Mecano-Sculpture à géométrie variable.

Préliminaires : Nous attendons l'arrivée du grutier. Les discussions portent principalement sur la manière de disposer la grue et sur l'angle avec lequel la sculpture grimpera le long du câble. La suite des événements a été planifiée à la lettre par l'artiste: la grue soulèvera légèrement le bloc moteur de manière à ce que les câbles puissent être placés autour des roues du transporteur. La sculpture sera alors soulevée, puis mise en marche. En fin de course, les moteurs s'inverseront pour faire remonter la sculpture. Et ainsi de suite, plusieurs fois, afin de vérifier la fiabilité du mouvement à géométrie variable. C'est seulement après une série d'aller-retour que les huit cônes seront ajoutés à l'ensemble, dont le poids total approchera alors une tonne. Ce mécanisme, Raphaël August Opstaele l'a étudié longuement, analysé sur base de croquis, expérimenté via un modèle réduit.
14h00 : arrivée du grutier...

Comment est née Terra Nova ?
Terra Nova résulte d'une évolution logique, de plusieurs années de recherches relatives au principe de géométrie variable. D'autres Mecano-Sculptures ont été réalisées selon le même principe, comme Peregrinus ou Aquarius Complexus. Déjà lors de la création des Sept Héros du Grand Paradoxe, j'avais été fasciné par la diversité des formes géométriques générées par le mouvement des articulations.

En quoi se différencie-t-elle du reste de l'œuvre ?
L'originalité de Terra Nova provient du fait qu'elle grimpe le long d'un câble suspendu. Je rejoins ainsi l'esprit même des villes modernes, obligées de s'étendre en hauteur pour loger la population. Il était important pour moi de concevoir une sculpture qui quitte le sol pour s'élever à la hauteur des toits. J'aime comparer cette sculpture à un navire céleste.

Pourquoi Terra Nova ?
Dans mon enfance, il y avait une parcelle de terre appelée Nieuwe Land, qui se trouvait à l'écart du village, plus loin dans les polders. Enfant, lorsque mon père me disait qu'on allait au Nieuwe land, c'était pour moi synonyme de voyage, d'expédition. Le concept de Nieuwe Land m'a accompagné toute ma vie.

Etait-il important de tester préalablement son mécanisme ?
Quelle que soit la sculpture, la phase de test est toujours primordiale. Pour Gloria par exemple, après un mètre, la sculpture a commencé à balancer plus que normal. Je me suis dit quelle allait basculer puis après quelques secondes elle s'est redressée.
Le mouvement était parfait.

Cette Mecano-Sculpture paraît à la fois monumentale et légère comme une plume ?
Dans Terra Nova, le mouvement mécanique est transparent, il se base sur le principe de géométrie variable. En ajoutant les huit cônes sculpturaux, j'ai voulu donner à l'ensemble un certain volume et par ce fait même une puissance mystérieuse. J'ai volontairement raccourci les cônes afin de délimiter l'espace dans lequel allait se dérouler l'action.

Pourquoi Roeselare ?
Je suis avant tout un homme de voyage. Roeselare devait être inscrit dans mon parcours, comme l'ont été Middelkerke ou Vancouver. Je considère que l'endroit où j'expose devient le centre du monde, qu'il s'agisse d'un village ou d'un endroit prestigieux comme la Grand Place de Bruxelles ou la Place Saint Marc à Venise. L'important à mes yeux est que mes sculptures marquent un lieu, laissent une trace, deviennent en quelque sorte légendaires.

Comment le public réagit-il en règle générale ?
Avec le Mecano-Art, le choc des rencontres est inévitable, quel que soit le public. Certains s'arrêtent à cette confrontation et ne cherchent pas plus loin. D'autres semblent hypnotisés et veulent en savoir plus sur l'artiste et son œuvre. Et à ceux qui prétendent que mon travail est futuriste, je réponds que je suis en accord avec mon temps et que ce sont les autres qui sont en retard.

16h00 : Terra Nova fonctionne à merveille, le mécanisme est tel que l'avait imaginé Raphaël August Opstaele. Ma dernière question porte sur la démarche avec laquelle l'artiste a conçu cette sculpture, en accord avec le passage vers l'an 2000. Ce dernier insiste alors sur le fait que Terra Nova n'est pas une création occasionnelle, qu'aucune des Mecano-Sculptures n'est circonstancielle. Et de conclure par ces mots : Terra Nova n'a pas été réalisée pour le troisième millénaire... Terra Nova est le troisième millénaire !

J.O.