01/08/2005

GLOBE TRANSCRIPTION

 

Globe Transcription
First Movement
Novembre 1979

 

Nous sommes en 1978... Trois années après "Les Editions de la Tempête" [Moulin à vent destiné à l'impression de poèmes sur du papier fait main] et "Pioneer" [Machine en bois destinée à l'impression de slogans poétiques sur des feuilles de papier grand format, 120 x 240 cm], deux projets qui illustrent déjà très clairement l'intérêt d'ORAS pour les langues écrites et les techniques de reproduction.
 
Le projet "Globe Transcription" naît l’été 1978, d'une discussion à bâtons rompus [et bien arrosée] entre ORAS, le poète flamand Marcel Van Maele et Radomir Schotte, actif dans la sphère théâtrale francophone.
 
C'est Marcel Van Maele qui initie l'échange et aborde en premier le thème des "langues écrites en voie de disparition, pour des raisons géographiques, économiques et/ou politiques". Ses interlocuteurs se passionnent rapidement pour cette problématique et, de fil en aiguille, la discussion s'oriente vers un projet concret : aller sur place, là où les langues meurent... faire le même travail de recensement que celui effectué pour les espèces animales menacées.
 
ORAS propose alors Tamanrasset [dernière ville avant le désert du Sahara, passage obligé des passionnés du désert et carrefour de rencontre des populations nomades] qu'il connaît bien pour l’avoir déjà traversé dans le cadre du projet "Orgue éolien mondial". Il sait par expérience qu'ils y trouveront des Touaregs, peuple dont la langue écrite [le Tifinar] serait l'une des douze en voie de disparition à travers le monde.
 
En l'espace d'une soirée, le concept devient projet. Mais très vite, ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte réalisent qu'un tel projet doit obligatoirement prendre la forme d'un échange culturel. C'est ainsi qu'ils décident, d'un commun accord, de prendre comme base une série de coupures de presse, sélectionnées dans la rubrique "Faits divers" de 12 journaux européens, entre le 21 et le 23 octobre 1978. Les articles, courts, sont choisis pour la simplicité de leur vocabulaire et leur caractère local.
 
Concrètement, le projet prendra la forme suivante : les trois amis quitteront Bruxelles pour Alger, puis Tamanrasset. Ils emporteront avec eux les douze articles de presse, photocopiés en plusieurs exemplaires. Sur place, leur "mission" sera de trouver un traducteur professionnel et de faire traduire les douze articles par une assemblée de Touaregs, réunie pour l'occasion.
 
Arrivée à Tamanrasset, en novembre 1978. ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte partent à la rencontre des notables de la ville auxquels ils projettent de présenter "Globe Transcription". Chacun d'entre eux est muni d'un porte-document renfermant un carnet de dessin format A2, des crayons de différentes tailles ainsi qu'une copie des coupures de presse originales.
 
Au hasard des rencontres, on leur conseille de s'adresser à une Française vivant en plein désert, entourée de Touaregs. Avec l'aide d'un guide, les trois compères se rendent alors sur place et font la connaissance d'une délicieuse dame d'une septantaine d'années. "Sa vie était un roman... sa maison, un oasis" raconte aujourd'hui ORAS, songeur. Une "fumeuse de Gitanes", ajoute-t-il, qui les initiera avec raffinement à la culture et aux coutumes Touaregs.
 
Celle-ci leur conseille de se rendre, de sa part, chez le directeur de l'agence de la Banque Nationale d'Algérie, à Tamanrasset. Un conseil qu'ils suivront à la lettre et qui leur fera découvrir un jeune homme distingué, habillé "à l'Occidentale" et parlant un français parfait. Un Touareg de bonne famille que les parents envoyèrent étudier à Paris, où il rencontra son épouse, une française de toute beauté.

 

Directement, le courant passe entre les quatre hommes. Le soir même, ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte sont invités dans la demeure du Touareg, en dehors de la ville, au beau milieu des dunes de sable.
 
A leur arrivée, le tableau est impressionnant : dans l'enceinte de la maison traditionnelle, de nombreuses tentes de Touaregs. Le notable les accueille poliment et les emmène dans une pièce à l'écart. Là, les attendent les membres de son clan. Une pièce remplie de Touaregs. Intimidés, les trois étrangers se présentent à l’assemblée et exposent leur projet. Ils distribuent les coupures de presse, toutes traduites en français. Trois scribes sont désignés et couchent sur papier ce que leur dicte l’assemblée, en Tamasheq [langue parlée Touareg].
 
La confrontation des cultures est passionnante : comment traduire le mot "sable" ? Pour un Touareg, il existe vingt, voire trente mots différents pour désigner le sable. Mêmes tergiversations autour du mot "prison". Un mot qui inspire bien peu de chose à un peuple habitué à pratiquer l’exclusion et non la réclusion. Les discussions durent une bonne partie de la nuit et se terminent par un gigantesque couscous géant, dont ORAS, Marcel Van Maele et Radomir Schotte sont les invités d’honneur.
 
Retour à Bruxelles avec, sous le bras, le document original qui sera par la suite reproduit en sérigraphie à raison de 120 exemplaires, numérotés et signés.
 
Initialement, il était prévu que la vente de ces 120 exemplaires finance, en partie, la suite du projet… à savoir, le recensement d’autres langues menacées. Avec, comme but ultime, la réalisation d’une édition bibliophile reprenant les différents voyages effectués à travers le monde.
 
Malheureusement, par manque de persévérance et compte-tenu de l’émergence d’autres opportunités, le projet fut avorté après ce qui est aujourd’hui qualifié de "First Movement".

 

Le projet "Globe Transcription - First Movement" n’est pas né par hasard. Il émerge de la rencontre, dans les années 70, entre ORAS et les poètes… et s’inscrit clairement dans la foulée des projets "Les Editions de la Tempête" et "Pioneer" […]