24/03/2006

GEOMETRIE VARIABLE

 

Depuis toujours, ORAS se passionne pour les extensions et les mouvements à géométrie variable. Comment un objet qui fait deux mètres peut-il s’allonger au point d’en faire le double, sans altérer sa nature ? Ce principe d’extension, il décide de l’analyser et de l’exploiter dans une démarche artistique. Commence alors le cycle dit "à géométrie variable".

L’étude du mouvement porte dans un premier temps sur des objets usuels tels que des lampes accordéon et des boîtes à outils déployables. Très vite, ORAS et son assistant décident de réaliser une maquette en carton leur permettant de tester le mouvement observé.

Pour l’aider dans la réalisation de dessins préparatoires, ORAS achète sur le marché aux puces tout ce qui touche de près ou de loin au principe de géométrie variable. Parallèlement, il repère dans Bruxelles une dizaine d’élévateurs à ciseaux qu’il observe longuement. Le but de cette observation : identifier et localiser les points de stress, de tensions ; comprendre où et comment les matériaux sont sollicités.

Cette phase d’observation et d’apprentissage est essentielle pour ORAS. Il est persuadé que, une fois le mouvement maîtrisé, "tout deviendra possible". Il rêve déjà d’une Mecano-Sculpture à géométrie variable glissant sur la surface de l’eau. Un "monstre aquatique" qu’il aimerait voir fonctionner dans les anciens bassins du centre ville de Bruxelles.

Ce rêve devient réalité avec la construction d’un prototype. ORAS veut personnaliser le mouvement, le ramener à lui.  Pour ce faire, il donne au prototype le nom d’Aquarius Complexus, en référence à son signe astrologique. "Les verseaux sont souples" précise-t-il. "Ils s’adaptent tout en restant fidèles à ce qu’ils sont. Géométriquement, les points fixes d’un verseau restent à égale distance. Leur personnalité ne change pas, c’est leur tempérament qui évolue."

Le mouvement d’extension fascine ORAS. Son imagination s’emballe. Dans le cadre du passage à l’an 2000, il imagine pour la Ville de Bruxelles Station de mesure, un ensemble de trois instruments à géométrie variable, dédiés aux plans d’une ville imaginaire. Trois pèlerins porteurs d’un message aux générations futures. Et pourquoi ne pas les faire se mouvoir verticalement le long des façades ? Et pourquoi ne pas créer un portail dans lequel les pèlerins pourraient évoluer librement ?

C’est dans ce bouillonnement d’idées, un beau matin d’avril 1997, qu’ORAS reçoit une lettre l’invitant à participer au projet "Pérégrimobile" dans le cadre de l’Exposition Universelle de Lisbonne [Portugal]. L’occasion rêvée pour ORAS de concrétiser ses projets de Mecano-Sculptures à géométrie variable.

Il propose Peregrinus, qui sera livrée à Lisbonne en décembre 1997. Par ce fait, ORAS veut créer des carrefours, attirer l’attention. Et ça marche. Une année plus tard, la Ville de Roeselare invite ORAS à célébrer le passage au vingt et unième siècle. Le projet présenté est ambitieux : Terra Nova, une Mecano-Sculpture monumentale à géométrie variable grimpant à 20 mètres du sol, le long d’un câble suspendu.

Pour ORAS, Terra Nova rejoint l’esprit même des villes ultramodernes, obligées de s’élever dans les airs pour répondre à une expansion démographique galopante.

Le cycle dit de géométrie variable s’inscrit dans une évolution logique : fixes au départ bien qu’accomplissant une tâche [Phoenix], les œuvres d’ORAS se mettent en mouvement en balançant sur elles-mêmes [Gloria]. Suit la marche mécanique par pas des Héros et le caractère monumental du Voyageur, qui de ses neuf mètres de haut semble vouloir se rapprocher du ciel. Terra Nova, quant à elle, quitte pour de bon la terre ferme grâce au principe d’extension. Au sol, on parle de "navire céleste" […]

 Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Romica Murareanu, Barbara Hahn.