17/07/2004

GLORIA

 

ORAS est à Middelburg, pour la première mondiale de Phoenix, lorsqu’il commence à travailler aux dessins préparatoires de Gloria.
 
A l’origine de cette sculpture, une demande officielle de l’Openlucht museum voor beeldhouwkunst de Middelheim [Anvers]. Dans le cadre d’une exposition sur le thème de l’automobile, les responsables du Musée font appel à plusieurs artistes de renommée internationale et leur demandent de soumettre un projet artistique. ORAS conçoit Gloria, une cellule ovoïde habitable se déplaçant par balancement autour d'un axe imaginaire. Gloria est retenue par le jury de sélection.
 
Reste toutefois à l’artiste la responsabilité de trouver un sponsor. C’est Sidal Aluminium, usine située à Duffel (B), qui accepte de sponsoriser Gloria. En plus de fournir les matériaux de base, nécessaires à la construction de la sculpture, Sidal couvrira également les frais de cintrage des pièces d’aluminium.
 
Malgré le budget mis à disposition, ORAS se rend rapidement à l’évidence : celui-ci ne permettra pas de sous-traiter les travaux de soudure. Il décide alors d’apprendre, via une firme spécialisée, les techniques de soudure d’aluminium et de calibrage des pièces cintrées.
 
Pour des raisons pratiques liées au transport, Gloria est réalisée en pièces démontables [16 pièces au total].Terminée, la sculpture fait 4,50 mètres de haut, pour 4 mètres de long et 4 mètres de large. Son poids total approche 1200 kilos [hors batteries et moteurs]. Elle peut atteindre une vitesse de 6 kilomètres/heure.
 
Le vernissage de l’exposition a lieu à Middelheim en juillet 1985. Gloria est aboutie, et ce malgré des délais ultra courts. Deux mois au total. Pour respecter ces deadlines, ORAS travaille sur base d’un retro-planning strict, suivi à la lettre par chacun des cinq membres de l’équipe.
 
Gloria est présentée non motorisée, en tant qu’objet d’art. ORAS refuse d’exposer dans le parc, aux côtés des autres sculptures et exige que Gloria soit parquée dans la rue, entre les voitures. Une démarche [plutôt originale] qui s’inscrit clairement dans la lignée du Mass Moving et du Mass And Individual Moving.
 
Ce n’est qu’après l’exposition de Middelheim qu’ORAS débute les travaux de motorisation. Presque par hasard, il déniche deux moteurs électriques de Roll Royce à l’abandon [moteurs d'occasion de chacun 24 volts], qu’il fait tester dans un atelier spécialisé. Les
quatre batteries de traction [4 x 6 volts] sont achetées neuves.
 
Les premiers tests de stabilité et de balancement ont lieu dans l’atelier d’ORAS, rue Masui. L’assistant d’ORAS, Vincent Lambert, prend les commandes de Gloria tandis qu’ORAS surveille le bon fonctionnement des opérations. Le premier essai est concluant. Gloria parcourt cinq mètres. Puis dix. Puis quinze. ORAS est rassuré et certain d’une chose : "Si Gloria peut faire 15 mètres, elle peut faire 1500 kilomètres".
 
La première mondiale de Gloria en tant que sculpture mobile a lieu à Leffingen-Leuren [Middelkerke], en septembre 1986. ORAS y est invité dans le cadre du Festival annuel de la Musique. Gloria est placée le long du canal. Au coucher du soleil, il est convenu que la sculpture se mette en mouvement et rejoigne la Grand place de l’église, située à un kilomètre de là. Le long du canal, une péniche [transformée en salle d’exposition] accompagne Gloria. Aux commandes de la cellule ovoïde : le pilote et le copilote, auxquels s’ajoute un ingénieur du son chargé d’enregistrer [dans le cadre de recherches universitaires sur les sons et musiques] les craquements de la sculpture en mouvement. A l’extérieur, parmi le public, ORAS "prêt à se jeter sous la sculpture à la moindre défaillance technique". Un baptême du feu réussit pour Gloria qui parcourt aisément la distance prévue.
 
Vient alors la troisième et dernière facette : l’animation. Gloria plait au grand public, incontestablement. C’est sans doute la sculpture d’ORAS la plus attractive. Son pouvoir de séduction provient de sa forme, rappelant les coquilles des mollusques marins primitifs. Mais également de son mode de déplacement, par balancement, basé sur un savant jeu d’équilibres et de déséquilibres. La cellule ovoïde est placée entre deux roues alimentées par deux moteurs indépendants. Les batteries, placées sous la cellule, font office de ballaste [250 kilos]. Le succès de Gloria dépend également en grande partie des qualités du pilote. Un système de doubles colonnes poussoir permet de diriger la sculpture de l’intérieur, par l’alimentation successive ou simultanée des deux moteurs électriques.
 
L’été 1986, la ville de Rotterdam invite ORAS dans le cadre du Festival voor Hedendaagse Kunst. A partir de midi, Gloria parade dans les rues de Rotterdam, au beau milieu du trafic, en pleine heure d’affluence. Idem le soir, dans le quartier à la mode, très fréquenté. Le succès auprès du public est immédiat. La même nuit, des vandales mettent le feu à la sculpture. Les dégâts s’élèvent à 10.000 euro.
 
Trois ans plus tard, en 1989, la télévision japonaise invite ORAS à exposer au Japon, dans le cadre de l’émission japonaise "How much for the whole world". Le budget pour transporter les trois sculptures [Gloria, Phoenix et Les Héros du Grand Paradoxe] est colossal. ORAS pense alors à la Grand Place de Bruxelles et parvient à convaincre l’échevin de la culture. Avec l’accord du commissaire de police, Gloria est présentée sur la place mythique. Le succès est énorme, aussi bien auprès du public que de la presse.
 
En 1990, à Tournai, Gloria est intégrée pour la première fois dans un spectacle scénarisé, organisé dans le cadre de la Nuit des Intrigues.
 
La même année, ORAS est invité à Vlissingen. Très vite, l’ère du festival l’ennuie et il décide de quitter l’espace d’exposition et de déambuler avec Gloria dans les rues de la ville, sans autorisation officielle et au nez de la police.
 
Gloria est, par la suite, exposée à de nombreuses reprises lors d’événements culturels et/ou artistiques : Reis naar een Nieuwe Tijdperk [Middelkerke - 1998], Millenium [Roeselare - 2000], Parade [Nanterre - 2000], Outlet Shopping [Maasmechelen - 2002], Fête de village [Mesnil L’Eglise - 2002], …
 
De par sa mobilité, son design soigné et son caractère monumental, Gloria peut être considérée comme la première Mecano-Sculpture. Il faudra toutefois attendre 1989 et les Sept Héros du Grand Paradoxe pour que l’expression "Mecano-Art" apparaisse officiellement dans la presse […] 
 
Conception et réalisation : Raphaël August Opstaele.

Avec la participation de : Barbara Hahn, Vincent Lambert, Xavier Looze, Serge Nicolas, Frans Pans, Bilou et Roland Van Cauwenberg.